Musastrales, tel est le nom du blog où vous trouverez mes récits de voyages, les petits et grands événements de ma vie, mais aussi les textes de mes oeuvres, des livres et poèmes aimés, et les étapes dans ma recherche de la sagesse.
DORIAN ET LE MIROIR D’ARGENT
Dédicacé à l’ornithorynque.
PETIT DEJEUNER
Fixant en grimaçant le trop grand miroir devant lui, Dorian se faisait tout aussi soucieux que joueur.
« Hum » souffla-t-il en pinçant son ventre « J’ai la peau qui ventripouille et qui pendouille, et j’ai l’ego qui dérouille ! »
Le jeune homme séducteur se détourna du miroir en pied, enfila ses vêtements en vitesse, puis se dirigea vers la cuisine.
Chaque jour depuis quelques mois le supplicié avait décidé de s’amuser de ses problèmes. « Un ventre trop plein, un portefeuille trop maigre. Il faut équilibrer tout cela ! ». Ouvrant d’un geste gracieux la porte de son réfrigérateur il fixa les rares produits, calcula les apports en lipides et le coût en liquide, puis la referma.
Se préparant à partir au travail, il ajusta avec talent la manche trouée de son pull pour que le trou soit invisible. L’écharpe nouée autour de son cou lui donnait un air désinvolte en virevoltant sur son col de chemise. Passant les doigts dans ses cheveux un peu trop long faute de se rendre au salon de coiffure « On coupe dans le budget, on ne coupe pas les cheveux, sauf en quatre cela va de soi ! » Dorian ajusta quelques épis rebelles.
« Et maintenant, à la conquête du monde ! » dit-il dans le vent glacé de la rue. L’amateur de café partit vers son lieu de travail, le visage rieur en songeant au liquide brûlant et sucré.
DEJEUNER
Les temps de pause café étaient rares et le petit-déjeuner lointain. Cependant, alors que les collègues de travail se rendaient en discutant à la cantine, Dorian restait seul dans sa salle de travail.
Lorsque les couloirs se furent intégralement vidés, il partit en trottinant, guilleret, vers le coin café en salle de repos. La machine cyclopéenne tenait tout un coin de la salle.
Les pièces dévalèrent bruyamment après avoir été introduite dans la fente. Le café long sucré remplit le gobelet avec lenteur. Puis Dorian s’en saisit et le porta immédiatement à ses narines, savourant l’odeur ; à ses lèvres, goûtant sa chaleur puis son arôme ; à son estomac, apportant sucres et caféines pour tenir toute la journée. Les petites gorgées se succédèrent, incendiant les papilles.
« Que c’est mauvais par rapport à mon café maison » pensa Dorian en poussant un soupir de volupté.
Tempus fugit. La dernière gorgée savourée il fallait bien revenir au travail. Dorian inspira fortement des narines pour chasser une peur récurrente, entendre son ventre gargouiller en présence de collègues, surtout les collègues féminines, et surtout les belles collègues aux yeux de biches, à la bouche pulpeuse et aux oreilles indiscrètes ! Un pain au lait tiré du paquet interminable vendu 0,99 centime d’euro à Aldi connaîtrait en conséquence différentes phases de guillotinage cannibalisant tout au long de la journée. L’acquisition de tickets repas, chers et nombreux, n’était pas possible alors que le portefeuille vivait une phase de réincarnation en crêpe extra plate.
DINER :
Les lumières du soir dansaient, glissant en ombres et en ors du réverbère jusqu’au trottoir. Dans son bureau un lait chaud au miel fumait doucement, réchauffant la pièce et les doigts de Dorian.
« Comment faire pour trouver de l’argent ? »
Pianotant sur son clavier, il tentait de répondre aux concours en lignes dont les prix comportaient de l’argent ou des produits alimentaires. Il réfléchissait toujours à un statut d’auto-entrepreneur, mais pour faire quoi ? Donner des cours de drague en ligne ? Apprendre à trier les chaussettes en fonction du nombre de trous ? Ou encore comment transformer ses chaussettes trouées en marionnettes ?
Dorian avait fini son sandwich au pain et à la moutarde. Cette alliance forte relevait le riz et les pâtes quotidiens. Le soir les boissons succéderaient aux boissons, pour tromper sa faim. Les chiffres du compte en ligne sous les yeux Dorian soupira. Puis inspira et se plongea dans de nouveaux projets : Pourquoi ne pas vendre son corps à des nuées de belles Asiatiques torrides désireuses de découvrir les délices des French Lovers… ? Un sourire aux lèvres, Dorian se mit à rêver.
HORS D’ŒUVRE
Les gens passaient, sans s’arrêter devant l’éclat lumineux. De petite taille mais brillante au soleil, le centime d’euro souriait de tout son visage de Marianne. Le coup d’œil du marcheur dédaignait la trop petite somme. Arrivé sans se presser, Dorian répondit au sourire de Marianne en se penchant pour ramasser la piécette. « La drague coûte cher. Inviter à prendre un café, au restaurant, offrir un bouquet de roses aussi rouge que la passion et les lèvres de la Dame… Plus que 360 000 piécettes ramassées et je retourne à la conquête des corps zaaaardents ! » confia-t-il à la belle républicaine. Ainsi pensait Dorian, avec espoir et humour, voyant dans le ciel bleu et lumineux au-dessus de lui une promesse et une patrie.