Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Musastrales, tel est le nom du blog où vous trouverez mes récits de voyages, les petits et grands événements de ma vie, mais aussi les textes de mes oeuvres, des livres et poèmes aimés, et les étapes dans ma recherche de la sagesse.

Publicité

L'amitié impossible selon Dorian

L’amitié impossible selon Dorian

 

Le visage hâlé et le regard sombre et profond, Dorian plaisait aux femmes. Sa carrure d’athlète le rendait presque trop grand pour la terrasse du café. Le breuvage sombre et fumant semblait inviter à le contempler, à devenir muet et attentif à son plaisir.

            Je repliais mes jambes trop longues sous ma chaise pour être plus à l’aise. La discussion s’animait. Dorian parlait avec conviction, citait son exemple.

 

« Les femmes et les hommes ne peuvent être amis. Un jour une pensée, obscène, s’impose dans nos têtes : celle du lit ! » Martelait-il.

« Je ne crois pas à la condamnation du coït ! Le corps et le cœur peuvent se parler, se répondre, sans pour autant transformer les lois biologiques en lois martiales. Deux êtres de sexe différents peuvent s’aimer sans se désirer, êtres amis et trouver plaisir à leurs compagnies sans jeux sexuels. »  Notre discussion n’avançait pas.

 

Dorian se leva. Tout son corps immense emplissait la petite terrasse. Son beuglement retentit au rythme de la rotation de son corps sur lui-même.

 

« Regarde autour de toi… Là, un vieux chauve, le corps décrépi et à deux doigts de la tombe mate avec insistance le jeunette au corsage largement échancrée à une table plus loin. Ici, le mari souriant à son épouse regarde les jambes de la femme en face de lui dès que sa femme tourne la tête… »

Un bruit de claque retentit aussitôt mais Dorian n’y prêta pas attention.

« Et là, là, tu vois ces adolescents en ruts qui consomment bières sur bières. Ils arborent des pectoraux qui deviendront dans dix ans une chair  vineuse et nauséabonde. En attendant ils sifflent les filles et jouent les bellâtres. Tous, moi compris, nous pensons toutes les trente secondes au sexe. Comment en serait-il autrement ? »

Des hoquets d’indignation s’élevèrent mais cessèrent presque aussitôt au regard de la taille et des muscles de mon compagnon.

 

« Tu vois la réalité, mais seulement la partie que tu acceptes de regarder Dorian. Plus loin, dans ce parc que nous avons traversé, une mère serrait son enfant contre elle, un père jouait avec sa fille… Tous ces instants, toutes ces images, nous n’y accordons pas d’attention et pourtant ils sont notre quotidien. Pour un homme en chasse d’un corps féminin, ces visions là sont écartées, mais elles existent. Il en est de même pour l’amitié entre homme et femme. Elle existe car nous ne sommes pas que chairs. Nous avons des sentiments. Nous sommes capables d’amitié, pas seulement de désir… »

 

Dorian se rassit avec rage. La chaise gémit mais ne rompit pas.

« Ecoute poète. Si je mets ton corps nu masculin contre un corps nu féminin, tout ami que tu sois tu ne resteras pas insensible. »

 

« Si on agit contre ma volonté première, cela serait un viol. Nous ne sommes pas que des êtres de désir, mais aussi de douleurs. Des situations comme celle que tu décris ne peuvent que nous blesser intérieurement en nous réduisant à être des objets. Je ne suis pas, je n’accepte pas, je ne veux pas être une… viande à plaisir » continuais-je avec un dégoût involontaire.

 

« Pourquoi refuser ton corps ! Il t’appartient ! Il n’est même pas trop mal foutu. Drague, apprécie la vie. Le corps des filles tu te rendras compte que c’est comme le gruyère, on préfère le manger plutôt que le regarder. » Dorian finit sa phrase en passant une langue gourmande sur ses lèvres rouges et pleines.

 

« Je suis conscient de cela. Je cherche simplement à te dire qu’il existe une pluralité de sentiments. L’amour se décompose en amour filial, fraternel, maternel, conjugal… que sais-je encore ? On peut-être frère et fils, père et époux, ami aussi. On ne désire pas toutes les femmes. Le complexe d’Œdipe ne vit qu’un temps ! »

 

Pour la première fois Dorian parut ébranlé.

 

« Mais supposons que cela soit vrai, n’est-ce pas que de la théorie dans le cas des amis ? Car jamais je n’ai eu d’amies avec qui je n’ai eu envie de coucher ! »

 

« Dorian, pour que dans l’amitié il n’y ait pas d’ambigüité, il faut que les deux personnes n’ait pas d’arrière pensées. Est-ce que cela déjà été ton cas ? »

 

Dorian ne répondit pas. Il grimaça puis but son café froid. Une morsure glacée parcouru ses lèvres comme un baiser imaginé. Un frisson, un regret…

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article