Musastrales, tel est le nom du blog où vous trouverez mes récits de voyages, les petits et grands événements de ma vie, mais aussi les textes de mes oeuvres, des livres et poèmes aimés, et les étapes dans ma recherche de la sagesse.
JIM n° 4
A l’horizon des oreilles (n° 2 : spectacle in)
IBRAHIM FERRER EST MORT ! La nouvelle a frappé de stupeur et de chagrin les festivaliers de Marciac. La grande voix cubaine avait donné son dernier concert à Marciac trois jours auparavant. Il plane sur la ville du Gers une impression de mélancolie, d’adieu… Pourtant, the show must go on.
Les discussions vont bon train. Lors du petit déjeuner où Bretons de Nantes et de Vannes, habitants de Marseille et de la Ciotat, et même un exilé de Troyes se retrouvent, le nom de Ferrer chantent sur les lèvres. Les anciens parlent avec animation de ce qu’ils ont découvert et vécu avec lui, les jeunots regrettent de ne pas en savoir plus.
Le soir, le concert sous le chapiteau (spectacle in) lui est dédié. Les gens s’assemblent, rejoignent leurs places, plus graves et moins bruyants qu’à l’accoutumée. L’écran s’allume mais la scène reste vide et sombre. Les écrans géants sont disposés de part et d’autre de la salle pour permettre la vision du spectacle aux 5 000 spectateurs et auditeurs, assis plus ou moins confortablement sur cet ancien terrain de rugby. Une voix retentit, raconte le don musical d’Ibrahim Ferrer… puis l’écran scintille. Un endroit gris, un homme à casquette s’avance. Une femme qui danse, un petit orchestre, et le vieil Ibrahim au teint hâlé et aux rides nombreuses chante. La voix se tait, à jamais. Puis son image prise à Marciac et nos mains qui applaudissent. Adios amigos.
Le spectacle est prévu en trois parties. Toutes consacrées au piano. Le déjanté Omar Sosa, le spirituel Abdullah Ibrahim, et enfin Kenny Barron et Mulgrew Miller dans un duo de piano à queue se répondant.
Qui est Omar Sosa ? Son groupe est constitué d’un batteur immense et massif maniant les tambours africains et occidentaux, d’un guitariste beau gosse chantant en ouolof, et d’Omar Sosa. Le pianiste noir est affligé d’une barbichette fournie dégoulinante de sueur au fil de la soirée. Mais quel est son chapeau ? Une toque de chef cuisinier écrasée sur le côté ou bien un couvre chef exotique ? La musique est belle et généreuse, à la hauteur de l’excentricité affichée. D’abord une improvisation sur le nom d’Ibrahim Ferrer selon le rite yoruba. La virtuosité des mains d’Omar plaque des accords modernes et d’autres plus classiques. Un temps qui semble éphémère. Une touche enclenchée, et les échos de la musique retentissent… et finissent par mourir. Omar s’est levé, rejoint par le guitariste et le batteur. Union des voix sur le nom d’Ibrahim Ferrer. Deux rappels, la nuit sera longue à devenir demain (la soirée finira vers deux heures et des poussières du matin…).
Le sud africain Abdullah Ibrahim s’est converti à l’Islam et en a tiré un look de gourou et une musique marquée par la spiritualité que d’aucun disent géniale, et d’autres soporifiques. Déjà présent il y’a quatre ans le pianiste fascine par sa musique hypnotique. Virtuose, il multiplie sans poses et sans paroles de longues phrases musicales sereines… Comment fait-il pour fasciner un auditoire si échauffé par Omar Sosa ? La salle est captivée, mais est-ce vraiment du jazz ? Eternelle question posée par les puristes du jazz.
Puis vint le duo des pianistes Kenny Barron et Mulgrew Miller. Les deux pianos à queue disposés côte à côte pour ne former qu’un seul ensemble, les deux hommes posèrent leurs doigts immenses sur les touches d’ivoire. Dans un tourbillon de sons les deux hommes entamèrent un dialogue, sans partition, attentif à l’autre. Chacun s’accorda un chorus. Et, malgré l’heure très tardive, ils eurent de la part du public la demande de deux rappels.
Ainsi s’acheva une nuit et le début d’une journée riche d’émotion.
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