Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Musastrales, tel est le nom du blog où vous trouverez mes récits de voyages, les petits et grands événements de ma vie, mais aussi les textes de mes oeuvres, des livres et poèmes aimés, et les étapes dans ma recherche de la sagesse.

Publicité

J'évade n°5... de Paris (théâtre)

 

J’évade n°5… Paris (théâtre)

 

 

            Voyager… de corps ou d’esprit ? Peut-être les deux pour que l’altérité reflète pleinement notre commune humanité. De Troyes à Paris, le train avale cette distance en moins de deux heures. Alors, les enchantements de la Ville lumière se livrent à ceux qui aiment et osent parcourir la capitale des Lettres, ville lumière.

            Parmi les activités culturelles, le théâtre donne vie par la parole à l’imaginaire. Là où les mots semblent parfois pédants et désuets sur le papier, ils deviennent, s’enracinant dans le cœur et s’incarnant dans le chœur de parole : force, vie, chocs.

            Cette année m’a permis d’aller au théâtre, peut-être parce qu’un excès de travail suscite l’envie de loisirs extraordinaires.

           

 

            La lecture d’Eric Emmanuel Schmidt – L’Evangile selon Pilate – m’a enthousiasmé. Découvrir par les informations télévisées que le livre était adapté au théâtre du vieux Colombier par Jacques Weber a permis à un trio d’amis de partir à la découverte du geste et de la voix de l’acteur. L’Evangile selon Pilate est écrit de façon fluide, après une première partie contant les pensées intimes –l’intériorité féminine, généreuse, maternelle – de Jésus, une seconde partie raconte en détail la recherche logique, soucieuse de vérité et implacable dans sa rigueur, de Ponce Pilate pour comprendre la disparition du corps de Jésus de son tombeau. De raisonnements en preuves, il aboutit à la suite d’un enchaînement d’argumentations et de démonstrations sans failles ni complaisances à la conclusion de la divinité de Jésus. Le logicien Pilate, première personne à avoir cru sans voir, ne serait-il pas le premier des chrétiens ?

            Jacques Weber prête sa stature et sa voix, dans un décor sobre, à ce Ponce Pilate. Racontant réflexions avec son secrétaire et entrevues, il endosse en relatant les discussions, les voix et les personnalités de plusieurs autres protagonistes. La pièce en elle-même bénéficie d’un scénario sans faille. Les deux personnages – Pilate et son secrétaire –jouent à la perfection. Imaginez J. Weber, tassé sur lui-même, dans une lumière bleutée adoucissant ses traits, faire parler la Vierge Marie pour conter son cœur de femme aimante, de mère digne et belle de toute son intériorité. Et l’homme Jacques Weber, l’acteur Weber, devient femme et mère. Et l’émotion est intense.

            Et le public dans tout cela ? La salle surchauffée a plongé dans l’assoupissement l’un des spectateurs. Mais, mes yeux fixés sur l’action, je vivais la vie jouée, buvant la sève de l’imagination…

 

            Bien plus tard. Malgré les bouchons, la foule, la marche précipitée, me voici avec mon amie professeur de français Marie B au théâtre de la Gaîté. Cette annexe de la Comédie française offre la première version de Tête d’Or, la pièce de Paul Claudel. Allais-je aimer cet auteur difficile dont je savais déjà par expérience que le théâtre filmé était trop abstrus pour être plaisant ? Mon amie Annabelle, assise entre Marie B. et moi, disait que ni l’une ni l’autre ne bougeait. Nous étions fasciné… Les vers de Claudel ne sont pas aisés. Quelques uns des spectateurs présents pour cette grande pièce de quatre heures ne sont pas revenus pour la seconde partie. Et pourtant, quel souffle ! Quelle force !! Quelle puissance d’évocation !!! Tête d’Or, ou le défi de l’impossible, la volonté de transgresser en provoquant la mort et en trouvant PLUS qu’elle.

            L’acteur jouant Tête d’Or est un colosse, musclé, doté d’un torse triangulaire aux larges épaules et aux jambes moulées. Il porte la pièce, il porte les acteurs. Ceux-ci jouent, mais réalisent aussi dans leurs gestes emplis de beauté, de vie presque animale (grimer/gravir/porter… creuser, lutter, bouger) une chorégraphie.

            L’arbre noir, tronc renversé dont les racines semblent former une couronne d’épine, occupe le devant de la scène. Devant cette vie spirituelle, ou chaque mot est entre allusion et évocation, comment ne pas voir une pluralité de sens pour cet arbre. Sa disposition même évoque l’ikebana, alliant la branche morte et les plantes vivantes sises au pied de ce tronc. Mais cet arbre c’est aussi l’arbre de la Croix, l’arbre de vie…l’ascension vers Dieu et le renversement de l’ordre établi…

            Polysémique, il est difficile de résumer l’œuvre… Elle doit être lu pour que sa richesse parle à chacun. Elle doit être vue aussi, car lorsque le texte se marie aux gestes, d’autres interprétations surviennent… La sensualité physique, textuelle…la force sensuelle de l’œuvre s’incarne.

            Le sens d’un mot ne se réduit pas à l’assemblage des lettres, au déchiffrage de syllabes. Et les œuvres denses comme celles de Claudel permettent mieux de comprendre en quoi un texte n’est pas secret, mais clé. Car la richesse de sens n’enferme pas l’esprit, mais lui montre des chemins…

           

            Troisième pièce… Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. La pièce est célèbre, les tirades épiques connues de tous. La Comédie française était comble jusqu’au dernier fauteuil. Nous avons été placé en hauteur, mais aussi hélas en coin. Toute la salle n’était pas visible de cet angle de la salle.

            Le premier acte avait été modifié dans l’adaptation de Polydalès. Des vers avaient été rajoutés, modifiés alors que l’écran diffusait les visages d’anciens sociétaires de la Comédie française. Théâtre dans le théâtre à la façon de l’Illusion Comique de Corneille, ce premier acte est un hommage à cette passion commune du théâtre.

            Puis, l’épique splendide, le panache, la profusion et le lyrisme, l’humour et la verve. Edmond Rostand donne à sa pièce tout l’héritage des pièces passées ; il résume et reprend, dans un flamboiement verbal, ces traditions dont pourtant on sent, qu’après lui, il ne sera plus possible de les reprendre. Maîtrise de l’héritage et adieu au passé semble se confondre. Le fauteuil sur lequel s’assoit Cyrano au dernier acte ressemble tant à celui sur lequel est mort Molière…

 

 

            Tous ces spectacles sont vivants en nous. L’Imaginaire de l’être humain lui ouvre les portes d’un monde de pensées, de gestes, de vie, de voix.   

 

                   Jean-Youri

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
Salut <br /> Cyrano ,j'ai beaucoup apprécié le film ...et ces echanges verbaux d'une beauté lyrique <br /> Gérard
Répondre
J
Le film est bien réalisé car il réussi à se détacher du théâtre filmé, à donner vie et fluidité, à transmettre l'émotion à cette pièce foisonnante de personnages, d'événements et d'émotions. <br />       Cordialement<br />              Jean-Youri
A
bizou en coup de vent !
Répondre
J
Le vent est agréable : serait-ce une petite bise ? ;o))<br />      bizz<br />              Jean-Youri
S
De gros bisous à toi... on te vois pas beaucoup.... toujours des problèmes informatiques ???<br /> A bientôt
Répondre
J
Oui... Des problèmes combinés en fait : connexion, clavier... Puis une somme de travail qui me laisse fatigué et me prive du temps pour m'occuper de mon blog ! <br />          Bizz<br />            Jean-Youri
A
Ah, Cyrano, mon héros...J'avoue ne l'avoir jamais vu sur scène (quoique l'intréprétation de Weber me faisait envie justement). Mais Cyrano par Rappeneau reste un chef-d'oeuvre qui a illumé mon adolescence.NB : Pour moi, mais versus l'interprétation de Rappeneau, c'est le fauteuil du repos, de l'arrêt. Pendant tout la pièce, Cyrano est debout, énergie dressée vers le ciel, criant sa douleur, sa douceur, mais sans cesse en mouvement. Quand la mort vient, qui va enfin réussir à l'arreter, il s'assoit.Bises.
Répondre
J
    Cyrano c'est l'incarnation d'un idéal : une beauté intérieure qui surpasse la beauté physique. La beauté c'est la noblesse d'un idéal. Il est vrai, le fauteuil c'est la tentation de cesser le combat... Mais comment oublier que les spectateurs sont assis ? <br />     Cyrano est un héors de l'ascension. Il ne cesse de vouloir se lever, se dresser : "monter, pas bien haut peut-être, mais monter seul" déclare-t-il. De même, il parle encore d'un  voyage vers la lune... Enfin, il se dresse pour attendre debout la mort. Il me semble qu'il illustre la fable de La Fontaine : Le chêne et le roseau.  Cyrano refuse de plier dans un siècle de courtisan. D'où l'admiration qu'on lui porte, mais aussi sa mort par assassinat, par traîtrise. <br />           Cordialement :<br />                Jean-Youri
A
pas trop le temps de lire mais juste te faire un koukou pour te montrer que je ne t'oublie pas !bizou
Répondre
J
Je te remercie de ton passage. Je ne t'en veux pas de ne pas lire mes articles. Je n'ai de mon côté pas même le temps de mettre à jour mon propre blog ! <br />              Bizz<br />                 Jean-Youri