Musastrales, tel est le nom du blog où vous trouverez mes récits de voyages, les petits et grands événements de ma vie, mais aussi les textes de mes oeuvres, des livres et poèmes aimés, et les étapes dans ma recherche de la sagesse.
J’évade… Jean-Va de …. Mirecourt
Récit de voyage (février 2006)
Gerardmer est sans musées ! Les expositions des produits de la montagne et de la bibliothèque municipale ne peuvent en faire office.
Nous rentrons à Troyes, quittant l’opulence de l’hôtel luxueux, les rideaux épais de notre chambre, les neiges recouvrant rues et cimes, et aussi les lumières du jour jouant sur les eaux du lac.
Le volant glisse, tourne dans mes mains. Je prends la direction de Mirecourt. Marie me sourit. Je lui ais tant demandé d’aller là.
Mais quelle est donc cette ville ? A peine indiquée sur les panneaux, pas très grande. La voiture tourne dans les rues sans trouver le lieu cherché. Enfin, sur un parc de stationnement en terre, peu après un pont, se dresse un édifice nommé Musée de la Lutherie.
Glorieuse capitale de la lutherie française, j’ai d’abord connu la ville par le livre de Jean DIWO Les violons du roi. Impatient, je pousse la porte, questionne. Nous pourrions croire que nous ne sommes qu trois : la femme passionnée à la billetterie, Marie et moi, mais ce serait sans compter avec les âmes des instruments… La femme nous guide à ma demande, nous confiant avec plaisir le secret des luthiers : aimer son métier. Au centre du musée se dresse un immense violoncelle de plusieurs mètres de haut évidé : nous pouvons pénétrer à l’intérieur, sonder l’écho de nos voix. Des écouteurs sont disponibles, diffusant la trille du diable de Tartini, les accords lent ou rapide composés par Vivaldi, s’envolant du violon de Kennedy, par autrui…
Les archets superposés s’étirent dans leurs corps de bois, une gaine de peau de lézard constituant le doigtier. Des crins de la queue de petits chevaux mâles donnant la corde de l’archet. Pourquoi mâle ? La femelle urine sur sa queue lors de la mise bas, donnant ainsi une mauvaise qualité au crin.
Les différentes phases de la conception des instruments sont évoquées, dont la périlleuse pose de l’âme.
Violons, guitares et mandolines s’offrent au regard, et non plus aux doigts, derrière l’abri de vitre transparente. Incrustés, ornés d’ivoire ou de bois précieux, de formes élégantes, la beauté des instruments incite à la contemplation et au désir d’écoute. Hélas, ils ne sont plus joués, ils ont cessé d’être vivants…
Des panneaux, au rez-de-chaussée comme à l’étage, permet de découvrir les apprentis et élèves de Mirecourt, ainsi que les grandes familles de luthier de la ville d’autrefois et d’aujourd’hui.
Le musée étant relativement petit, je conserverai un regret. N’avoir pu regarder, faute d’être exposé, un violon de François Médard, l’élève de Stradivarius à Crémone.
Je place ici un article écrit pour un journal de lycéen présentant le livre de Jean Diwo, les violons du roi, J’ignore s’il a été publié.
Le livre conte de façon très agréable la vie et la passion pour son métier d’Antonio Stradivari dit Stradivarius. Documenté, clair, le livre apaise soif de littérature et de savoir.
Histoire : depuis l’apprentissage dans l’atelier de Niccolo Amati à Crémone, jusqu’à sa mort au travail, et bien au-delà avec le destin de quelques uns (le « duc », le « messie »..) de ses violons, le livre raconte la recherche de perfection du luthier Stradivarius. Le livre conte aussi les destins du luthier lorrain François Médard, de Guarneri del Gésu (rapidement), de Vivaldi.
Peut-on faire aimer la musique à travers le rythme des mots et des phrases ? Peut-on comprendre la passion de la musique à travers la fabrication de l’instrument musical, de la recherche de sa perfection ?
La vie du plus grand luthier Antonio Stradivari dit Stradivarius, dans son quotidien passionnée, racontée par Jean Diwo, réussit cet exploit. Tout devient passionnant : depuis le choix du bois dans les lointaines forêts pour entendre les résonances de l’arbre, le travail de ce bois dans la camaraderie de l’atelier, les coups de rabots jusqu’au plus minuscule de ces derniers appelé « escargot », la recherche de la composition d’un vernis permettant de protéger le bois tout en laissant les sons se propager avec harmonie… Coffrage, pose de l’âme… L’artisan réalise une œuvre d’art tout en restant simple devant son métier, humble comme le sont les grands hommes.
L’artisan compare sensuellement son violon à une femme : hanches et tête, ouie… mais aussi âme qui donne aux notes leur force et leur émotion. Car la musique est émotion profonde : ainsi Antonio Vivaldi jouant pour Dieu comme nul n’arriva jamais à jouer, rêve donnant naissance à la « trille du diable » de Tartini…
Ainsi, le livre explore plusieurs dimensions : artisanale et artistique, de l’Histoire aussi car les peurs liées aux guerres, au brigandage apparaissent et marquent les esprits et les chairs. Les vies et les histoires des hommes et des femmes, dans leurs amours et leur passion de la musique, s’agencent, se mêlent, se séparent. La vie du grand luthier traversant XVII et XVIII siècle semble commencer avec son apprentissage dans l’atelier des Amati à Crémone, puis tout en restant ans cette ville se dilater par le rayonnement de ses instruments : le lorrain François Médard se rend à Crémone pour perfectionner son art ; cardinaux, virtuoses, riches et influents, demandent ses instruments et parfois sa présence. Un seul se contentera de son seul instrument : Antonio Vivaldi, amoureux éperdu de Venise et la musique.
Car de ce livre on peut aussi retenir les évocations des villes : Rome corrompue et sainte, Venise l’amoureuse et tentatrice, Crémone la sage consacrée à la lutherie par ses activités et ses hommes : Amati, Guarneri del Gesu, Stradivarius…
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