Musastrales, tel est le nom du blog où vous trouverez mes récits de voyages, les petits et grands événements de ma vie, mais aussi les textes de mes oeuvres, des livres et poèmes aimés, et les étapes dans ma recherche de la sagesse.
J’évade… Jean-Va de …. Gerardmer
Récit de voyage (mi février 2006)
Autant j’ai dû défaire et remonter trois fois la chasse d’eau des toilettes de l’hôtel rémois une semaine auparavant, autant la chambre d’hôtel de Gerardmer est immense et luxueuse. Le lit devance les désirs de Cythérée par sa grandeur. Dans la salle de bain : séchoir, double vasque, petits luxes quotidiens…
Monts, habitations, tout est fondu dans une même volute blanche de neige. Nous sommes à Gerardmer dans les Vosges. L’hôtel abrite piscine, jacuzzi (de Zola) et même un sauna.
La pension complète nous est assurée. Deux hôtels : un, luxueux, pour le soir avec des repas comprenant un potage (duchesse du Berry…) puis un poisson, une viande, et enfin le choix entre fromage et un exquis dessert. Les nombreux couverts suscitent l’interrogation. Tous les soirs le repas change. Ce qui n’est pas le cas dans l’autre restaurant. Le repas reste identique sauf à prendre le menu du jour, bon et copieux bien sur. Le cadre aussi est différent.
Le midi nous voit assis auprès du feu de la cheminée. Le décor cherche à imiter la rusticité convenant à un restaurant de terroir : meubles en bois massif, panneaux décorés, poutres apparentes… Sur les nappes tissées de carreaux rouges et de lignes vertes brillent couverts et carafe d’eau. Les grandes vitres laissent se déverser la lumière grise et blanche du ciel et de la neige. Posés sur un faux plafond, deux pantins de manège donnent leurs noms au restaurant : un grand coq et un âne.
Au menu de solides plats du terroir : pâté lorrain et salade, ailes de raies concassées… clafoutis aux mirabelles…
Nous nous reposons à Gérardmer où Marie souhaite skier comme d’autres partent à la chasse : sur les pistes du cerf, du loup, du lynx, du chevreuil, du renard, du sanglier et de ses nombreuses bosses. Semblable à une schtroumphette dans sa combinaison bleue, Marie est radieuse, heureuse, fatiguée.
Dans Gerardmer même, nous sommes à la recherche d’un cadeau pour ma mère : la rare angélique. Cela nous permet de découvrir la ville. L’église aux briques presque mauve ; massive dans son corps, allongée dans son clocher. Elle est récente car l’ancienne a brûlée le 22 juin 1940 du fait des Allemands. L’intérieur est sombre sous de hautes voûtes. Les cartes postales la montre plus riante, illuminée les soirs de fêtes.
Juste à côté de l’édifice, un digne monument aux morts, gris, dégagée de la neige, porte sur ses flancs comme dans toutes les villes de France le nom des martyrs de la liberté nationale.
Nous reprenons la poursuite de notre visite de la ville et la poursuite de l’angélique. Magasins Wolfberger, de vins fins et d’eaux de vie ; maison de l’artisan offrant liqueur, saucissons de montagnes et jouets en bois ; maison de montagne proposant sa liqueur de mirabelle, son miel et ses fromages… nulle part d’angélique, partout des bonnes odeurs.
Dans la ville blanche, la neige est propice aux batailles où les boules s’échangent et les rires fusent. Mais Marie, peu nerveuse, se laisse parfois viser sans beaucoup se défendre.
Le manège de bois a vu de grands enfants demander « deux tickets pour adultes ». Récitant la formule magique de Marie Poppins « Escalidocious », nous chevauchons, et tournons, et passons et repassons dans les tours où nos chevaux de bois nous élèvent et nous abaissent alternativement.
La musique du manège nous fait rire ou songer : macaréna, docteur Jivago… Marie hérite d’un surnom russe dans le froid qui nous assaille : Maroussa, petite Marie. Nous nous promenons en amoureux jusqu’au lac de Gérardmer. Marchons autour du lac, puis sur celui-ci, gelé. La neige et la glace nous entourent. Ici et là, des bonhommes de neige nous sourient et nous adressent des sourires surmontés d’une pomme de pin en guise de nez. Le coucou d’un bras maigre constitué d’une branche fine de bois nous accompagne un instant. Les chalets s’échelonnent, parfois proche et massif et de couleur rouge, parfois éloigné et s’étageant sur les hauteurs avoisinantes.
Nous nous brûlons les lèvres en sirotant un chocolat chaud, riant, regardant le soir venir en prenant des teintes diverses. L’orangé strie le ciel de bandes horizontales, puis le blanc devient bleu et la neige semble resplendir comme du lapis lazuli.
Nous rentrons, heureux, accolé l’un à l’autre comme de jeunes amoureux.
L’hôtel apporte le réconfort de sa chaleur…De Marie, beaucoup laisse supposer qu’elle est la réincarnation d’un poisson… mais des eaux tropicales. Au sortir du sauna et de sa chaleur sèche le jacuzzi semble trop froid, elle préfère la bain bouillonnant de la piscine chauffée. Caldarium, frigidarium, tépidarium… Peut-être est-elle aussi l’incarnation d’une professeur de latin ?
/http%3A%2F%2Fwww.yatoula.com%2Fgif%2Fneige%2Fneige_18.gif)