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Musastrales, tel est le nom du blog où vous trouverez mes récits de voyages, les petits et grands événements de ma vie, mais aussi les textes de mes oeuvres, des livres et poèmes aimés, et les étapes dans ma recherche de la sagesse.

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J'évade n°4 : La Baume -Les- Aix

             

             J'ai très longtemps hésité à mettre ce J'évade en ligne. En effet, il a un degré d'intimité intérieure plus intense. Cependant, les encouragements de mes amis très proches, les demandes multipliées pour savoir comment s'était déroulée la remise des prix à La Baume, et enfin la "rencontre" avec Charles Juliet m'ont incité à franchir le pas.

             De Charles Juliet - dont les écrits et la vie se rejoignent -, l'oeuvre et la réflexion m'ont incité a avoir le courage de parler de mon intériorité. Le but étant d'écrire non sur moi, mais sur le "vrai", le sentiment nu et fort face à l'instant et au monde. La quête intérieure se déploie à travers l'écriture. Cette optique, sans l'avoir formalisé avant de lire récemment les réflexions de Charles Juliet, je la pressentais et la vivais. Aujourd'hui, je tente de la retranscrire.

 

 

 

J’évade… Jean-Va de …. La Baume-les-Aix

 

Récit de voyage (mars 2006)

         Histoire de liberté et de joie

 

        Détresse dans le cœur lourd comme une ancre. Les mains pâles et vides, sans stylo ni plumes, crayons ou même clavier… la question me taraudait et me minait. Face aux commentaires dépréciatifs de mes œuvres, devais-je continuer à écrire ?

 

          Je ne comprenais rien aux reproches qui m’étaient fait : place de la troncature et de la demi-troncature dans une phrase, critique acerbe de l’emploi de la métaphore et du style poétique, accusation de choquer autrui en ne se limitant pas à sa seule expérience personnelle dans ses écrits, et donc déni de l’empathie et de l’universalité du poète, de son travail d’imagination et de création. J’avais perdu la joie de partager, et, comme pour éviter une blessure trop douloureuse, j’avais peur d’écrire.

 

 

 

 

 

 

            C’était peu avant les vacances. Le bureau, vide. Le clavier, muet. Mes doigts ne se hasardaient plus que pour rédiger des mails amicaux.

            Marie m’apporte une lettre. Je lui réponds de ce sourire triste qui trop souvent m’a accompagné ce temps là. Je reconnais, tout en ouvrant l’enveloppe, mon écriture sur le papier et le timbre figurant le coq du nouvel an chinois.

 

 

 

         Je lis et n’arrive plus à lire. Je tremble de joie. CES MOTS. Et mon cœur se met à battre jusqu’à rompre son ancrage de chair et repartir dans les rêves. Je vis. Je lis. J’écris à nouveau.

 

        Marie vient. Elle lit la lettre que je n’arrive plus à lire. Elle me confirme. J’ai obtenu le 1er prix du concours de nouvelle de La-Baume-les-Aix.

        C’est un signe : je peux partager. On peut aimer mes écrits. Je peux continuer…

  

 

 

 

           Quelques mois plus tard, nous partons en Provence. Ces deux jours nous écraserons de fatigue. Six voyages en train et cinq retards importants. Le TGV a une allure douce, alors que défile lentement derrière les vitres les volumes du sol effacés par la neige et au-dessus, le ciel unanimement blanc de nuages. 

          A chaque escale, Paris, Marseille, où nous logeons chez des amis ou la famille, on me félicite. Mais je ne recherche pas la gloire. C’est ce qui rend si difficile d’écrire ces souvenirs. Les compliments me gênent. Je recherche bien plus que le reflet imparfait d’une qualité d’écriture.

        Ma quête d’écrivain est l’amour. Amour de la beauté d’un texte à partager. Aucun écrivain ne peut POSSEDER la beauté d’un écrit. La beauté est un don. Don pour autrui et pour soi. Don multiplié par chaque lecture. Don accessible, et inépuisable tant qu’à chaque lecture une compréhension nouvelle peut-être ajoutée.

        L’écrit en lui-même peut-être triste ou gai. Qu’importe le sujet, et peut-être même le style, l’être vivant du texte c’est la qualité d’émotion émanant de celui-ci.

        J’ai beaucoup reçu en don à La Baume. Mon texte a été lu, et aimé.

 

 

           Aix-en-Provence. Ville dont il semble qu’on ait cloué le ciel bleu au dessus d’elle. Un bleu triomphant de l’hiver pourtant si proche dans ses neiges troyennes et lyonnaises.

        La lumière provençale détruit l’ombre et la tristesse. Les mouettes de Marseille tournent au dessus de l’autoroute du littoral. Les voitures pressées, serrées les unes contre les autres avancent sans règles ni plaisir. Puis… Aix-en-Provence.

        Nous effectuons une promenade rapide sur les lieux où a éclos notre amour conjugal : la longue enfilade de bâtiments et ensuite le cours Mirabeau. Une rue tournante. Les lieux sont habités de nos multiples souvenirs. Là, sur le banc, un mime au visage blanc. Ici. Plus loin… La vie et les souvenirs, le présent et le passé. Deux joies mêlées. Refaire les mêmes pas qu’autrefois, traquer doucement les sensations anciennes en en retrouvant les saveurs et les odeurs. Dix années se sont écoulées. C’était là la place de la boutique du Pin parasol, à la suite de ces si nombreuses librairies. Le même homme, la moustache en moins, nous confectionne sa crêpe au sucre. Celle qu’affectueusement nous avons surnommée crêpe Marie.

 

         Il est déjà temps de partir, de quitter les délices du passé pour goûter ceux du présent. Nous partons en avance, pas assez. La route n’est pas longue : elle est introuvable. Tour. Tours… Détours. Nous roulons sans arriver nulle part. Enfin : un panneau. Une route. Une belle bâtisse. J’allais trouver des sourires et aussi des regards connus. Ma mère était là, comme au couronnement de son rôle de mère.

       Je l’associe à la gloire de l’instant, car, si je donne de l’amour par mes écrits, c’est que j’en ais d’abord reçu.

 

 

 

        La demeure est imposante. Maison dévolue à la formation des Jésuites jusqu’à l’expulsion de ceux-ci  peu avant la révolution française, elle concilie harmonie et force, comme un réceptacle de la sagesse. Une légère pente mène à une entrée majestueuse mais simple. Un escalier se termine sur une enfilade de petites colonnes et une salle. C’est  là que se déroule le renouveau de mon accord avec moi-même. Je reconnus ma mère et son ami. Nous nous installâmes à leur côté.

         Les trois membres du jury se regardèrent… 

 

 

 

            J’ai envie de comparer cette cérémonie à un arc-en-ciel, avec ses multiples couleurs comme les différents moments de l’événement. Mais un arc-en-ciel aussi car c’est un symbole d’alliance, de confirmation, de présence en soi, d’invitation à suivre sa voie.

        La littéraire, le philosophe, le théologien. Tous trois parlèrent des nouvelles envoyées pour le concours ; de l’histoire et des caractéristiques de la nouvelle, de ses grands auteurs francophones ; puis du visage de Dieu rencontrée à travers les nouvelles.

        On nous distribue nos prix : les trois premières nouvelles reliées. Je reçu avec émotion ces feuillets fins déposés entre les deux pages bleues de couverture. Le lierre vert tacheté de blanc orne la brochure. Le titre est celui-même du concours. Le livret, dans son cœur, contient la nouvelle ; sur la première page est écrit mon nom, mon titre : « Qui regarde la beauté du ciel ? ».

        Un cadeau ne vaut que par la sincérité et l’amour de celui qui vous l’offre. Des jurés, une femme et deux hommes, je ressens encore la chaleur de leurs mains et l’éclat lumineux de leur regard.

        La compétition a été rude, je ne sais même pas si je me serais donné le 1er prix. Comme j’ai ri à la lecture de la seconde nouvelle ! Autant peut-être que j’ai tremblé à la lecture de mon texte. Premier lu comme on dirait « premier né ». Le cœur douloureux et rapide frappe ma poitrine, résonne comme un tambour de chair. Allitérations, assonances… Je n’avais rien épargné à ma lectrice potentielle. Merci. Les lettres ont acquis une vie sonore, et leurs échos retentissent encore… Ce silence qui accompagne la lecture. Merci à tous de leur écoute. Certaines qualités de silence sont des déclarations, des invitations, des récompenses.         

        On nous a demandé de parler après la lecture de chacune de nos nouvelles. Nous étions trois enseignants : institutrice à la retraite, quadra ou quinquagénaire grisonnant de lycée professionnel, j’étais le plus jeune. Mais étrangement, je n’enseignais pas le français.

        Nous nous sommes ensuite rendu dans une autre salle. Nous avons pu parler, nous écouter, rire, nous interroger. Il était bon d’être ensemble.        

         Avec le livret et la bise du juré féminin, j’avais reçu une enveloppe jaune sur laquelle était brodée feuille de lierre et petits fruits rouges. A l’intérieur se trouvaient des bons-cadeaux. A cela s’ajoutait le remboursement prévu de ce long voyage. Mais cela n’est que la plus petite chose que j’ai reçue, car justement ce sont de choses.

           Humainement, j’ai reçu des dons fort : l’invitation et le moment, les personnes qui m’entouraient et celles qui m’aimaient. La joie de partager, la fierté de ma mère et de mon épouse, la pensée de mes amis et le signe.

 

 

 

 

        Le signe que je pouvais, que je devais continuer.

 

        J’ai si longtemps cherché ma voie, ce qui, au sein du bénévolat, venant de moi, pourrait aller aux autres.

        Aujourd’hui je connais ma voie.

        J’ai beaucoup reçu avec ce soir à La Baume : une force pour vivre...

        Et deux piliers : pour construire et résister à la pluie du temps et de ses doutes, aux reproches infondés, violents comme la grêle, ces reproches qui confondent texte et écrivain, dénigrent et m’avait presque tué.  

         Deux piliers : pour abriter la vie de mes rêves, et les pégases des voyages imaginaires…

  

        Le bleu sombre de la nuit colore le ciel de Provence. Nous rentrons, fatigué, une lumière dans le cœur.

 

                Jean-Youri

   

 

                              

 

 

 

 

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C
hé ben voilà! C'est fait! J'aime bien ce j'évade qui retranscrit bien l'importance de l'écriture dans ta vie! Continue dans cette voie et ne te laisse plus abattre! Bises. Clair d'étoile
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J
Merci ma Clair d'étoile. Tes mots et ta gentillesse sont pour moi un grand soleil :))) Bises.