Musastrales, tel est le nom du blog où vous trouverez mes récits de voyages, les petits et grands événements de ma vie, mais aussi les textes de mes oeuvres, des livres et poèmes aimés, et les étapes dans ma recherche de la sagesse.
Neige de Maxence FERMINE
Petit livre, premier livre de Maxence Fermine, Neige conte une histoire dans le Japon du XIX siècle : celle du jeune poète Yuko désireux d’écrire des haïkus. Mais sa famille lui offre le choix d’être prêtre ou guerrier. Il doit partir sur l’ordre de son père dans les montagnes trouver sa vocation ; à son retour, il ramène la passion de la neige.
Ses haïkus seront désormais consacrés à la neige. Le poète de 17 ans n’écrit que 77 haïkus (poèmes de 17 syllabes), tous en hiver. Beaux, mais blancs, les haïkus attirent l’attention du poète officiel de la cour. Pour affirmer son art, Yuko doit partir auprès du poète, musicien, danseur, calligraphe et funambule Soseki pour apprendre l’art de la couleur. Cependant, Soseki est aveugle !
Ancien guerrier écoeuré de la guerre, il a découvert l’amour d’une française funambule. A sa mort, il est devenu aveugle et poète.
Yuko, durant son périple dans les Alpes japonaises, a retrouvé le corps de la funambule lentement rehaussé de son sarcophage transparent vers la lumière. Il emmènera, pour son dernier voyage, le vieux poète aveugle retrouver celle qu’il aimait : « Neige ». Yuko continue son voyage.
Au retour, la couleur parcourt ses haïkus, et la jeune femme qu’il aimait « flocon de neige » s’avère être la fille de Soseki et de Neige.
Les chapitres sont courts, ciselés, confiant avec retenue l’histoire d’amour de l’art et de la femme, de la neige et du voyage. Ces 54 chapitres courts, organisés en trois parties –tout comme le haïku en trois vers – culminent, se synthétisent en ce dernier chapitre :
« Et ils s’aimèrent l’un et l’autre
Suspendus sur un fil
De neige. »
La poésie du haïku se livre, en ce livre. Il est comme un chemin pour comprendre ce qu’est cette forme de poésie.
Au début des 1ers chapitres, un haïku est présent. Ce livre permet donc de se familiariser avec aisance à cet art difficile, simple d’apparence…
Le mot-saison, comme la neige, qui doit apparaître ; la fulgurance d’un moment : comme la vision d’un sein blanc d’une jeune fille puisant de l’eau à la fontaine… mais aussi le côté intemporel, éternel, des montagnes.
Le haïku est un poème japonais. Peut-il se marier avec l’Occident ? La funambule française, puis flocon de neige, sont les réponses affirmatives de l’auteur.
L’image du funambule est très belle : elle évoque peut-être malgré elle celle présente dans Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche.
Voici un extrait :
« En vérité, le poète, le vrai poète, possède l’art du funambule. Ecrire, c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d’un poème, d’une œuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie. Ecrire, c’est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n’est pas de s’élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. […] Non, le plus difficile pour le poète, c’est de rester continuellement sur ce fil qu’est l’écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu’un instant, de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c’est de devenir un funambule du verbe.
Jean-Youri