Musastrales, tel est le nom du blog où vous trouverez mes récits de voyages, les petits et grands événements de ma vie, mais aussi les textes de mes oeuvres, des livres et poèmes aimés, et les étapes dans ma recherche de la sagesse.
L'inattendu, roman de Charles Juliet
Est-il possible de suivre le cours du temps, de saisir dans ses doigts l'eau fraîche et de la retenir ? Il faut la boire, la vivre, l'incorporer en soi. Ensuite, c'est la vie même- l'écriture et nos larmes- qui retrouveront les éclats de ce miroir liquide?
Et dans le style ? Charles Juliet dans L'inattendu propose un travail intéressant. Son roman se décompose en plusieurs parties. Chacun d?entre elle retrace, par petites touches de vie, la progression de l'enfance à l'âge adulte.
Le roman commence par une femme, la maîtresse de l'enfant, son institutrice. Et fini par une femme : son amante éloignée et retrouvée. De l'une à l'autre, le parcours d'une vie et d?une sensibilité. L'enfant trop émotif, vivant dans la crainte. L'enfant qui s'impose de vaincre ses peurs (natation...) et se propose des modèles...
Lorsqu'il parle de l'enfant, au départ, Charles Juliet utilise la 3e personne du singulier, le pronom personnel : « il » comme si l'enfant parlait de lui-même. Puis, plus tard, des courts extraits, écrits avec force mais simplicité. Et, alors que l'enfant grandi en âge, ces extraits croissent en longueur. Lorsque vient l'adolescence et la période où il est enfant de troupe, ce sont les notes, brèves et clandestines, d'un carnet personnel. Puis l'âge d'homme. Le style est formé. Les phrases se succèdent, orchestrées comme une pensée d'adulte relatant sa propre vie.
Les âges de la vie sont marqués par un sentiment dominant : la peur pour l'enfant, l'ennui et la faim pour l'adolescent enfant de troupe, la vacuité pour l'adulte au sortir de cette époque de formation, alors que s'annoncent les « années lentes ».
Un enseignement fort est dévoilé en cet ouvrage, et par l'écho que les événements décrits ont en nous. Les souffrances imposées aux autres sont nos blessures intimes. Ainsi en est-il pour l'épisode de Pierrot, maltraité par ceux qui disposent de l'autorité ou de la force. Le narrateur, François, le perçoit sans peut-être le comprendre, car lui aussi a été exposé aux douleurs de l'existence.
La femme. Aimée. Perdue. Séparée. Désirée. Adultère comme une soif ardente d'amour entre un adolescent et une épouse oppressée. Et la souffrance du mari qui se dévoile de façon inattendue. Double trahison de l'ami élevé comme un fils, et de l'épouse jalousée. L'inattendu est-ce l'auteur ou l'événement ? La réaction du mari qui se détourne face à sa souffrance intérieure, où l'excès de passion qui - en un instant court et long comme un baiser - brise le secret ?
Quelques extraits : description de sa mère adoptive :
« Face à elle, ce jour-là, je ne suis plus qu'un oeil fasciné qui absorbe voracement chacun de ses gestes, le mouvement de ses paupières, le moindre changement d'expression glissant sur son visage. Mais parfois, nos regards se croisent, à peine esquisse-t-elle alors l'ombre d'un sourire, et il y a en elle une telle gravité, une telle présence, une telle charge de vie, qu'il me faut fermer les yeux. [...]
Elle est là. Dans la pénombre, près de la cheminée, le buste bien droit mais sans raideur, le chat sur ses genoux, les mains posées devant elle, mains tournées vers le haut, le visage empreint d'un équilibre souverain, la bouche large, les lèvres pleines, les cheveux blancs et drus, mal disciplinés, mais plus ou moins pris dans un chignon, et les yeux sombres, immenses, attentifs, graves et gais, doux, intenses. C'est dans cette cuisine emplie de ténèbres que depuis mon adolescence, j'ai connu mes seuls instants de répit. Pacifié par sa voix, son regard, son silence. » A la fin du livre, sur la femme aimée :
Jean-Youri