Musastrales, tel est le nom du blog où vous trouverez mes récits de voyages, les petits et grands événements de ma vie, mais aussi les textes de mes oeuvres, des livres et poèmes aimés, et les étapes dans ma recherche de la sagesse.
Le regard du poète s'illumine du regard de la lune. Youri Jivago, l'héros du grand poète et romancier russe Boris Pasternak, est ce poète. Le Docteur Jivago
L'histoire conte la vie du poète romantique russe Youri Jivago. Les troubles de la période révolutionnaire sont comme d'étranges répliques au drame profondément humain d'amour et de sentiments vécus par le poète et son aimée : Lara. L'histoire est résumée comme suit : "Né dans une riche famille de Moscou, orphelin de bonne heure. Iouri Andréiévitch Jivago étudie la médecine et se marie avec Antonia, une amie d'enfance. Lara est une "petite fille d'un autre milieu", qui s'arrache à l'emprise du séduisant protecteur de sa mère pour se refaire une vie droite. Parallèlement se prépare l'explosion révolutionnaire qui, avec la guerre, va orienter leur existence. Iouri et lara s'étaient déjà croisés sans se connaître. ils se rencontrent dans un hôpital et Iouri s'éprend de Lara. Réunis en 1917 par les hasards de la guerre civile, ils vivent un interlude de bonheur dont la fin brusquée brisera le docteur Jivago. Telle est la trame de ce roman dense, à la fois fresque historique et fine analyse des êtres, une des meilleures oeuvres russes contemporaines. » Ce roman est une oeuvre de courage. Publié par Gallimard en 1958, il ne comporte pas les noms des traducteurs. Quatre ans à peine après la mort de "l'homme de fer" Staline, l'ouvrage -intrépide oeuvre de contestation - décrit le coeur et les événements affectant un homme dont l'histoire intérieure ressemble tant à celle de Boris Pasternak... Le livre est paru dans le monde libre. Une émission d'Alain Finkelkraut sur France Culture expliquait le tranfert des pages d'URSS en Europe libre, l'édition, la traduction du livre restée anonyme pour laisser la possibilité aux traducteurs de retourner dans la "Patrie du socialisme". Une deuxième traduction est aujourd'hui parue. Boris Pasternak a obtenu le Prix Nobel de litérature en 1958, mais il ne pourra aller en Suède chercher son prix. Il n'aurait jamais pu retourner sur sa terre russe bien aimée... Pour ceux qui n'ont pas le courage de lire ces 700 pages, le film est magnifique. Je regarde les deux. Le film de David Lean a popularisé sous les traits d'Omar Shariff le regard brillant de Youri Jivago. Je crois m'être presque brûlé les yeux à force de regarder encore et encore ce film. Il est parfois différent du livre, par souci de condenser l'épopée russe. La beauté tragique de la condition humaine est restituée avec génie (scènes de guerre, de combats et de révolution où la vie individuelle -même si elle niée par le régime - résiste à tous les tourments de l'Histoire). Le drame intérieur revêt une intensité rendant belle l'incroyable amour pour deux femmes, la sensibilité et l'honneur des êtres... Et l'amour de la terre russe... Amour de la littérature russe, de cette terre tant regardée à travers ses mots, et ses lettres semblables aux pousses de blé noir sur l'immensité du paysage -page. Le train la Flèche rouge nous conduit de Moscou à Saint-Pétersbourg. La nuit est noire et le sol et le ciel se confondent presque dans une immensité blanche à peine bleuie par les étoiles. Il est tard, tous sont épuisés et dorment... J'entends le souffle léger de Marie à mes côtés. Je suis à la fenêtre dans le cahot chuchotant du wagon. Sur moi, contre mon coeur, dans mes mains mon livre usé. Sous mon regard émerveillé alterne le paysage à peine éclairé et les pages du livre. Je l'avais entamé bien avant, en France. Je l'avais laissé à ce passage où Youri séjourne dans le train en partance vers la Sibérie. Je lis. Encore une fois je vis. Mon coeur et mon corps sont étrangement soudé par mon esprit. Ce soir, dans ce train, je suis Youri... poète amoureux. La couverture est déchirée et les pages jaunies. Mon écriture constelle le livre. Sur la première page : « Dans les déchirures de nos êtres, il y'a une révélation: Aimer, c'est construire une porte dans son coeur. » Puis, à l'ultime feuille : « Avant de lire ce livre j'étais un homme, Maintenant je suis un tout petit peu un ange. J'ai construit une porte dans mon coeur. » Saint-Pétersbourg, 14 février 2002. Mon livre est ancien, annoté. Il vit et a ensemencé en moi. Les pages comportent des moments où vibrent la lumière et l'amour, ensemble... L'harmonie devient poésie. En voici quelques extraits : J'ai envie de recopier tant de passages du livre... Je vous invite à le lire... Jean-Youri