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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 20:46

      Musardant sur la toile auprès de mes amies, j'avais réagi à une de ses notes en élaborant un inventaire des plaisirs. J'ai envie de le continuer avec vous : dites ce que vous aimez par une formule sobre ou au contraire une formule poétique, pour formuler un long inventaire à la Prévert des plaisirs...

 

 

 

Inventaire

 

à la Prévert

 

pour nous plaire

 

et nous satisfaire...

 

 

Inventaire des plaisirs : le ventre chaud caressé par le soleil ; le goût des baisers, croqués comme des pommes; le livre vivant sous le regard; les parfums doux ; la saveur du miel; les poèmes entendus un soir de printemps ; ouvrir mon coeur aux êtres aimés...

 


L'inventaire des plaisirs n'a pas de fin, juste des faims.

 

 

A vous...

 

 

     Jean-Youri

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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 09:17

 

 

 

Petites annonces

 

 

Offre : cœur pour échange amitié. Beaucoup servi, beaucoup souffert. Mais toujours soif de liberté, de dignité et de sentiments humains.

 

 

Echange : café chaud contre sang froid pour relation de bureau.

 

Vends : paquet de nerfs. Prix à débattre… battre… BATTRE !!!!!

 

 

Offre : la lune en échange d’amour inaccessible.

 

Echange : Nuit d’amour contre… tout contre…

 

Vends : blizzard bizarre, bise amoureuse, mistral gagnant, sirocco en sirop…and co, and co…

 

 

Cherche : Grands esprits pour projet de rencontre.

 

Perdu : innocence, au croisement de la ruelle de l’enfance et du boulevard des grands hommes.

 

                  Jean-Youri

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28 août 2006 1 28 /08 /août /2006 20:43

 

J’évade n°5… Paris (théâtre)

 

 

            Voyager… de corps ou d’esprit ? Peut-être les deux pour que l’altérité reflète pleinement notre commune humanité. De Troyes à Paris, le train avale cette distance en moins de deux heures. Alors, les enchantements de la Ville lumière se livrent à ceux qui aiment et osent parcourir la capitale des Lettres, ville lumière.

            Parmi les activités culturelles, le théâtre donne vie par la parole à l’imaginaire. Là où les mots semblent parfois pédants et désuets sur le papier, ils deviennent, s’enracinant dans le cœur et s’incarnant dans le chœur de parole : force, vie, chocs.

            Cette année m’a permis d’aller au théâtre, peut-être parce qu’un excès de travail suscite l’envie de loisirs extraordinaires.

           

 

            La lecture d’Eric Emmanuel Schmidt – L’Evangile selon Pilate – m’a enthousiasmé. Découvrir par les informations télévisées que le livre était adapté au théâtre du vieux Colombier par Jacques Weber a permis à un trio d’amis de partir à la découverte du geste et de la voix de l’acteur. L’Evangile selon Pilate est écrit de façon fluide, après une première partie contant les pensées intimes –l’intériorité féminine, généreuse, maternelle – de Jésus, une seconde partie raconte en détail la recherche logique, soucieuse de vérité et implacable dans sa rigueur, de Ponce Pilate pour comprendre la disparition du corps de Jésus de son tombeau. De raisonnements en preuves, il aboutit à la suite d’un enchaînement d’argumentations et de démonstrations sans failles ni complaisances à la conclusion de la divinité de Jésus. Le logicien Pilate, première personne à avoir cru sans voir, ne serait-il pas le premier des chrétiens ?

            Jacques Weber prête sa stature et sa voix, dans un décor sobre, à ce Ponce Pilate. Racontant réflexions avec son secrétaire et entrevues, il endosse en relatant les discussions, les voix et les personnalités de plusieurs autres protagonistes. La pièce en elle-même bénéficie d’un scénario sans faille. Les deux personnages – Pilate et son secrétaire –jouent à la perfection. Imaginez J. Weber, tassé sur lui-même, dans une lumière bleutée adoucissant ses traits, faire parler la Vierge Marie pour conter son cœur de femme aimante, de mère digne et belle de toute son intériorité. Et l’homme Jacques Weber, l’acteur Weber, devient femme et mère. Et l’émotion est intense.

            Et le public dans tout cela ? La salle surchauffée a plongé dans l’assoupissement l’un des spectateurs. Mais, mes yeux fixés sur l’action, je vivais la vie jouée, buvant la sève de l’imagination…

 

            Bien plus tard. Malgré les bouchons, la foule, la marche précipitée, me voici avec mon amie professeur de français Marie B au théâtre de la Gaîté. Cette annexe de la Comédie française offre la première version de Tête d’Or, la pièce de Paul Claudel. Allais-je aimer cet auteur difficile dont je savais déjà par expérience que le théâtre filmé était trop abstrus pour être plaisant ? Mon amie Annabelle, assise entre Marie B. et moi, disait que ni l’une ni l’autre ne bougeait. Nous étions fasciné… Les vers de Claudel ne sont pas aisés. Quelques uns des spectateurs présents pour cette grande pièce de quatre heures ne sont pas revenus pour la seconde partie. Et pourtant, quel souffle ! Quelle force !! Quelle puissance d’évocation !!! Tête d’Or, ou le défi de l’impossible, la volonté de transgresser en provoquant la mort et en trouvant PLUS qu’elle.

            L’acteur jouant Tête d’Or est un colosse, musclé, doté d’un torse triangulaire aux larges épaules et aux jambes moulées. Il porte la pièce, il porte les acteurs. Ceux-ci jouent, mais réalisent aussi dans leurs gestes emplis de beauté, de vie presque animale (grimer/gravir/porter… creuser, lutter, bouger) une chorégraphie.

            L’arbre noir, tronc renversé dont les racines semblent former une couronne d’épine, occupe le devant de la scène. Devant cette vie spirituelle, ou chaque mot est entre allusion et évocation, comment ne pas voir une pluralité de sens pour cet arbre. Sa disposition même évoque l’ikebana, alliant la branche morte et les plantes vivantes sises au pied de ce tronc. Mais cet arbre c’est aussi l’arbre de la Croix, l’arbre de vie…l’ascension vers Dieu et le renversement de l’ordre établi…

            Polysémique, il est difficile de résumer l’œuvre… Elle doit être lu pour que sa richesse parle à chacun. Elle doit être vue aussi, car lorsque le texte se marie aux gestes, d’autres interprétations surviennent… La sensualité physique, textuelle…la force sensuelle de l’œuvre s’incarne.

            Le sens d’un mot ne se réduit pas à l’assemblage des lettres, au déchiffrage de syllabes. Et les œuvres denses comme celles de Claudel permettent mieux de comprendre en quoi un texte n’est pas secret, mais clé. Car la richesse de sens n’enferme pas l’esprit, mais lui montre des chemins…

           

            Troisième pièce… Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. La pièce est célèbre, les tirades épiques connues de tous. La Comédie française était comble jusqu’au dernier fauteuil. Nous avons été placé en hauteur, mais aussi hélas en coin. Toute la salle n’était pas visible de cet angle de la salle.

            Le premier acte avait été modifié dans l’adaptation de Polydalès. Des vers avaient été rajoutés, modifiés alors que l’écran diffusait les visages d’anciens sociétaires de la Comédie française. Théâtre dans le théâtre à la façon de l’Illusion Comique de Corneille, ce premier acte est un hommage à cette passion commune du théâtre.

            Puis, l’épique splendide, le panache, la profusion et le lyrisme, l’humour et la verve. Edmond Rostand donne à sa pièce tout l’héritage des pièces passées ; il résume et reprend, dans un flamboiement verbal, ces traditions dont pourtant on sent, qu’après lui, il ne sera plus possible de les reprendre. Maîtrise de l’héritage et adieu au passé semble se confondre. Le fauteuil sur lequel s’assoit Cyrano au dernier acte ressemble tant à celui sur lequel est mort Molière…

 

 

            Tous ces spectacles sont vivants en nous. L’Imaginaire de l’être humain lui ouvre les portes d’un monde de pensées, de gestes, de vie, de voix.   

 

                   Jean-Youri

 

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16 juin 2006 5 16 /06 /juin /2006 20:22

Avertissement : Les haïkus suivant sont une compilation des haïkus composés au printemps... Les suivants seront pour le mois d'été...

Haïkus au souffle du vent,

 

 

 

                                 Poèmes de printemps

 

 

 

Introduction :

 

 

Forme : Les haïkus comportent de façon classique dix sept syllabes. Ce nombre est aussi naturel au japonais que l’alexandrin pour le français. Le japonais, langue syllabique, permet une concision plus difficile à restituer en français. Pourtant, les haïkus peuvent être encore plus courts en adoptant à la place du rythme 5 7 5 le rythme 3 5 3.

 

Origine : Le haïku a pour origine le tanka, « poème court », présent dès 760 dans la première anthologie poétique le Recueil des dix mille feuilles (Man'yôshû). Le tanka contient des références précises aux saisons et aux éléments de la nature liés au culte animiste shintô, mais aussi à un sentiment ou une émotion spécifique...

 

Composition : Les règles du haïku sont fixées par le maître Bashô(1644-1694) : un rythme 5-7-5, le kigo : mot-saison indispensable, le fueki-ryûko : juste équilibre entre le principe d'éternité et l'irruption d'un événement éphémère ou trivial, renvoyant à l'impermanence des choses...

 

 

 

 

  Haïkus : L’oiseau

 

 

 

Approche

 

 

 

       L’oiseau sautillant

 

 

       Se moque de mes pas lourds,

 

 

       S’envole gaiement.

 

 

 

 

Brioche

 

 

 

       Il revient, importun

 

 

       Mendier des miettes, de loin

 

 

       L’oiseau familier.

 

 

 

 

Soir

 

 

 

       Son chant s’éloigne,

 

 

       Un autre lui succède :

 

 

       Le jour décline…

 

 

 

Haïkus : Inquiétude

 

 

       Cris, cris répétés

 

 

       Sans cesse l’oiseau chante

 

 

       Au soleil voilé.

 

 

 

 

       Thé vert en bouche

 

 

       Je bois, poète rêvant

 

 

       A petites gorgées.

 

 

 

 

       La plante au vent

 

 

       Frappe ses fleurs sur le mur,

 

 

       Printemps déchiré…

 

        

 

 

       Le vent se lève,

 

 

       Les branches dodelinent,

 

 

       L’insecte tombe !   

 

 

 

 

Haïku : Lune  

 

 

 

    La lune brille

 

 

    Larme, posée sur tes cils.

 

 

    Douleur partagée…

 

 

 

Haïku : Neige au printemps

 

 

 

       Les pétales blancs

 

 

       Chutent du haut cerisier

 

 

       Neige au printemps.

 

 

 

 

 

Haïku : Vision nocturne

 

 

 

       Cerisier, la nuit,

 

 

       Dans les branches la lune

 

 

       Passe sa tête.

 

 

 

 

 

       Branches d’argent…

 

 

       La lune se couronne

 

 

       De pétales blancs.

 

 

 

Haïku : Cycle

 

 

 

       L’arbre reverdit,

 

 

 

       Les fleurs redeviennent fruits,

 

 

 

       Le printemps passant…

 

 

 

Haïku : Seul !

 

 

 

       Seul ! Dans ce jardin

 

 

 

       Sur lequel je m’allonge,

 

 

 

       Les yeux trop ouverts…

 

 

 

Haïku : Senteurs

 

 

 

Respirer

 

 

 

 

       Parfums vifs de fleurs

 

 

       Chatouillant mes narines

 

 

       Je respire en grand.

 

 

 

 

Thé vert

 

 

       Le thé vert brûlant

 

 

       Goûté sous les chants d’oiseaux

 

 

       A un meilleur goût.

 

 

 

Haïku : Pluie triste

 

 

Vent annonciateur  

 

 

       Vent chargé de pluie

 

 

       J’en goûte l’odeur lourde

 

 

       Et rentre chez moi

 

 

 

 

Coincé !

 

 

 

 

       Le tonnerre gronde,

 

 

       La maison est habitée,

 

 

       Je ne peux pleurer !

 

 

 

 

Forces invisibles

 

 

 

       Toile d’araignée

 

 

       Le moucheron lié à peur

 

 

       La pluie le sauve.

 

 

 

Haïku : réveil matinal

 

 

 

Interrompu

 

 

 

       Charge de hussards

 

 

       Le réveil sonne sans fin

 

 

       Le matin déjà !

 

 

 

 

Confusion

 

 

 

 

       Roule le stylo

 

 

       Eveil de l’endormie

 

 

       Mes joues rouges !

 

 

   Jean-Youri (partie 3)

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14 avril 2006 5 14 /04 /avril /2006 13:00

 

      Merci à toutes de votre soutien amical - et fraternel, petite soeur - qui a ensoleillé mon coeur durant ces préparations. Mes repos étaient vos mots amicaux et mes réponses à vous adressées. :))) J'ai beaucoup travaillé, mais grâce à vous, cela n'a pas été pesant ou aliénant.

 

          Je voudrais graver sur de la pierre et non conserver sur des pixels ma gratitude envers toi, Clair d'étoile, car chaque jour tu m'as envoyé un message, et chaque instant j'ai senti ta pensée auprès de moi. Le mot est simple mais chargé d'émotion : merci.

JE SUIS EN PREPARATION DE CONCOURS

PENDANT MON ABSENCE DU BLOG JE VOUS SOUHAITE UNE BONNE LECTURE

BISES :

JEAN-YOURI

 

PROCHAINS ARTICLES :

- RENCONTRE D'AUTEUR AVEC CHARLES JULIET

- SAGESSE N°3 et 4 : AMITIE, DIGNITE HUMAINE

- JEVADE A CHALONS EN CHAMPAGNE

- DE NOUVELLES POESIES

..........

 

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8 avril 2006 6 08 /04 /avril /2006 19:21

             

             J'ai très longtemps hésité à mettre ce J'évade en ligne. En effet, il a un degré d'intimité intérieure plus intense. Cependant, les encouragements de mes amis très proches, les demandes multipliées pour savoir comment s'était déroulée la remise des prix à La Baume, et enfin la "rencontre" avec Charles Juliet m'ont incité à franchir le pas.

             De Charles Juliet - dont les écrits et la vie se rejoignent -, l'oeuvre et la réflexion m'ont incité a avoir le courage de parler de mon intériorité. Le but étant d'écrire non sur moi, mais sur le "vrai", le sentiment nu et fort face à l'instant et au monde. La quête intérieure se déploie à travers l'écriture. Cette optique, sans l'avoir formalisé avant de lire récemment les réflexions de Charles Juliet, je la pressentais et la vivais. Aujourd'hui, je tente de la retranscrire.

 

 

 

J’évade… Jean-Va de …. La Baume-les-Aix

 

Récit de voyage (mars 2006)

         Histoire de liberté et de joie

 

        Détresse dans le cœur lourd comme une ancre. Les mains pâles et vides, sans stylo ni plumes, crayons ou même clavier… la question me taraudait et me minait. Face aux commentaires dépréciatifs de mes œuvres, devais-je continuer à écrire ?

 

          Je ne comprenais rien aux reproches qui m’étaient fait : place de la troncature et de la demi-troncature dans une phrase, critique acerbe de l’emploi de la métaphore et du style poétique, accusation de choquer autrui en ne se limitant pas à sa seule expérience personnelle dans ses écrits, et donc déni de l’empathie et de l’universalité du poète, de son travail d’imagination et de création. J’avais perdu la joie de partager, et, comme pour éviter une blessure trop douloureuse, j’avais peur d’écrire.

 

 

 

 

 

 

            C’était peu avant les vacances. Le bureau, vide. Le clavier, muet. Mes doigts ne se hasardaient plus que pour rédiger des mails amicaux.

            Marie m’apporte une lettre. Je lui réponds de ce sourire triste qui trop souvent m’a accompagné ce temps là. Je reconnais, tout en ouvrant l’enveloppe, mon écriture sur le papier et le timbre figurant le coq du nouvel an chinois.

 

 

 

         Je lis et n’arrive plus à lire. Je tremble de joie. CES MOTS. Et mon cœur se met à battre jusqu’à rompre son ancrage de chair et repartir dans les rêves. Je vis. Je lis. J’écris à nouveau.

 

        Marie vient. Elle lit la lettre que je n’arrive plus à lire. Elle me confirme. J’ai obtenu le 1er prix du concours de nouvelle de La-Baume-les-Aix.

        C’est un signe : je peux partager. On peut aimer mes écrits. Je peux continuer…

  

 

 

 

           Quelques mois plus tard, nous partons en Provence. Ces deux jours nous écraserons de fatigue. Six voyages en train et cinq retards importants. Le TGV a une allure douce, alors que défile lentement derrière les vitres les volumes du sol effacés par la neige et au-dessus, le ciel unanimement blanc de nuages. 

          A chaque escale, Paris, Marseille, où nous logeons chez des amis ou la famille, on me félicite. Mais je ne recherche pas la gloire. C’est ce qui rend si difficile d’écrire ces souvenirs. Les compliments me gênent. Je recherche bien plus que le reflet imparfait d’une qualité d’écriture.

        Ma quête d’écrivain est l’amour. Amour de la beauté d’un texte à partager. Aucun écrivain ne peut POSSEDER la beauté d’un écrit. La beauté est un don. Don pour autrui et pour soi. Don multiplié par chaque lecture. Don accessible, et inépuisable tant qu’à chaque lecture une compréhension nouvelle peut-être ajoutée.

        L’écrit en lui-même peut-être triste ou gai. Qu’importe le sujet, et peut-être même le style, l’être vivant du texte c’est la qualité d’émotion émanant de celui-ci.

        J’ai beaucoup reçu en don à La Baume. Mon texte a été lu, et aimé.

 

 

           Aix-en-Provence. Ville dont il semble qu’on ait cloué le ciel bleu au dessus d’elle. Un bleu triomphant de l’hiver pourtant si proche dans ses neiges troyennes et lyonnaises.

        La lumière provençale détruit l’ombre et la tristesse. Les mouettes de Marseille tournent au dessus de l’autoroute du littoral. Les voitures pressées, serrées les unes contre les autres avancent sans règles ni plaisir. Puis… Aix-en-Provence.

        Nous effectuons une promenade rapide sur les lieux où a éclos notre amour conjugal : la longue enfilade de bâtiments et ensuite le cours Mirabeau. Une rue tournante. Les lieux sont habités de nos multiples souvenirs. Là, sur le banc, un mime au visage blanc. Ici. Plus loin… La vie et les souvenirs, le présent et le passé. Deux joies mêlées. Refaire les mêmes pas qu’autrefois, traquer doucement les sensations anciennes en en retrouvant les saveurs et les odeurs. Dix années se sont écoulées. C’était là la place de la boutique du Pin parasol, à la suite de ces si nombreuses librairies. Le même homme, la moustache en moins, nous confectionne sa crêpe au sucre. Celle qu’affectueusement nous avons surnommée crêpe Marie.

 

         Il est déjà temps de partir, de quitter les délices du passé pour goûter ceux du présent. Nous partons en avance, pas assez. La route n’est pas longue : elle est introuvable. Tour. Tours… Détours. Nous roulons sans arriver nulle part. Enfin : un panneau. Une route. Une belle bâtisse. J’allais trouver des sourires et aussi des regards connus. Ma mère était là, comme au couronnement de son rôle de mère.

       Je l’associe à la gloire de l’instant, car, si je donne de l’amour par mes écrits, c’est que j’en ais d’abord reçu.

 

 

 

        La demeure est imposante. Maison dévolue à la formation des Jésuites jusqu’à l’expulsion de ceux-ci  peu avant la révolution française, elle concilie harmonie et force, comme un réceptacle de la sagesse. Une légère pente mène à une entrée majestueuse mais simple. Un escalier se termine sur une enfilade de petites colonnes et une salle. C’est  là que se déroule le renouveau de mon accord avec moi-même. Je reconnus ma mère et son ami. Nous nous installâmes à leur côté.

         Les trois membres du jury se regardèrent… 

 

 

 

            J’ai envie de comparer cette cérémonie à un arc-en-ciel, avec ses multiples couleurs comme les différents moments de l’événement. Mais un arc-en-ciel aussi car c’est un symbole d’alliance, de confirmation, de présence en soi, d’invitation à suivre sa voie.

        La littéraire, le philosophe, le théologien. Tous trois parlèrent des nouvelles envoyées pour le concours ; de l’histoire et des caractéristiques de la nouvelle, de ses grands auteurs francophones ; puis du visage de Dieu rencontrée à travers les nouvelles.

        On nous distribue nos prix : les trois premières nouvelles reliées. Je reçu avec émotion ces feuillets fins déposés entre les deux pages bleues de couverture. Le lierre vert tacheté de blanc orne la brochure. Le titre est celui-même du concours. Le livret, dans son cœur, contient la nouvelle ; sur la première page est écrit mon nom, mon titre : « Qui regarde la beauté du ciel ? ».

        Un cadeau ne vaut que par la sincérité et l’amour de celui qui vous l’offre. Des jurés, une femme et deux hommes, je ressens encore la chaleur de leurs mains et l’éclat lumineux de leur regard.

        La compétition a été rude, je ne sais même pas si je me serais donné le 1er prix. Comme j’ai ri à la lecture de la seconde nouvelle ! Autant peut-être que j’ai tremblé à la lecture de mon texte. Premier lu comme on dirait « premier né ». Le cœur douloureux et rapide frappe ma poitrine, résonne comme un tambour de chair. Allitérations, assonances… Je n’avais rien épargné à ma lectrice potentielle. Merci. Les lettres ont acquis une vie sonore, et leurs échos retentissent encore… Ce silence qui accompagne la lecture. Merci à tous de leur écoute. Certaines qualités de silence sont des déclarations, des invitations, des récompenses.         

        On nous a demandé de parler après la lecture de chacune de nos nouvelles. Nous étions trois enseignants : institutrice à la retraite, quadra ou quinquagénaire grisonnant de lycée professionnel, j’étais le plus jeune. Mais étrangement, je n’enseignais pas le français.

        Nous nous sommes ensuite rendu dans une autre salle. Nous avons pu parler, nous écouter, rire, nous interroger. Il était bon d’être ensemble.        

         Avec le livret et la bise du juré féminin, j’avais reçu une enveloppe jaune sur laquelle était brodée feuille de lierre et petits fruits rouges. A l’intérieur se trouvaient des bons-cadeaux. A cela s’ajoutait le remboursement prévu de ce long voyage. Mais cela n’est que la plus petite chose que j’ai reçue, car justement ce sont de choses.

           Humainement, j’ai reçu des dons fort : l’invitation et le moment, les personnes qui m’entouraient et celles qui m’aimaient. La joie de partager, la fierté de ma mère et de mon épouse, la pensée de mes amis et le signe.

 

 

 

 

        Le signe que je pouvais, que je devais continuer.

 

        J’ai si longtemps cherché ma voie, ce qui, au sein du bénévolat, venant de moi, pourrait aller aux autres.

        Aujourd’hui je connais ma voie.

        J’ai beaucoup reçu avec ce soir à La Baume : une force pour vivre...

        Et deux piliers : pour construire et résister à la pluie du temps et de ses doutes, aux reproches infondés, violents comme la grêle, ces reproches qui confondent texte et écrivain, dénigrent et m’avait presque tué.  

         Deux piliers : pour abriter la vie de mes rêves, et les pégases des voyages imaginaires…

  

        Le bleu sombre de la nuit colore le ciel de Provence. Nous rentrons, fatigué, une lumière dans le cœur.

 

                Jean-Youri

   

 

                              

 

 

 

 

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24 mars 2006 5 24 /03 /mars /2006 12:40

 

J’évade… Jean-Va de …. Mirecourt

 

 

 

             

Récit de voyage (février 2006)

 

 

 

            Gerardmer est sans musées ! Les expositions des produits de la montagne et de la bibliothèque municipale ne peuvent en faire office.

 

            Nous rentrons à Troyes, quittant l’opulence de l’hôtel luxueux, les rideaux épais de notre chambre, les neiges recouvrant rues et cimes, et aussi les lumières du jour jouant sur les eaux du lac.

 

            Le volant glisse, tourne  dans mes mains. Je prends la direction de Mirecourt. Marie me sourit. Je lui ais tant demandé d’aller là.

 

             Mais quelle est donc cette ville ? A peine indiquée sur les panneaux, pas très grande. La voiture tourne dans les rues sans trouver le lieu cherché. Enfin, sur un parc de stationnement en terre, peu après un pont, se dresse un édifice nommé Musée de la Lutherie.

 

            Glorieuse capitale de la lutherie française, j’ai d’abord connu la ville par le livre de Jean DIWO Les violons du roi. Impatient, je pousse la porte, questionne. Nous pourrions croire que nous ne sommes qu trois : la femme passionnée à la billetterie, Marie et moi, mais ce serait sans compter avec les âmes des instruments… La femme nous guide à ma demande, nous confiant avec plaisir le secret des luthiers : aimer son métier. Au centre du musée se dresse un immense violoncelle de plusieurs mètres de haut évidé : nous pouvons pénétrer à l’intérieur, sonder l’écho de nos voix. Des écouteurs sont disponibles, diffusant la trille du diable de Tartini, les accords lent ou rapide composés par Vivaldi, s’envolant du violon de Kennedy, par autrui…

 

            Les archets superposés s’étirent  dans leurs corps de bois, une gaine de peau de lézard constituant le doigtier. Des crins de la queue de petits chevaux mâles donnant la corde de l’archet. Pourquoi mâle ? La femelle urine sur sa queue lors de la mise bas, donnant ainsi une mauvaise qualité au crin.

 

            Les différentes phases de la conception des instruments sont évoquées, dont la périlleuse pose de l’âme.

 

            Violons, guitares et mandolines s’offrent au regard, et non plus aux doigts, derrière l’abri de vitre transparente. Incrustés, ornés d’ivoire ou de bois précieux, de formes élégantes, la beauté des instruments incite à la contemplation et au désir d’écoute. Hélas, ils ne sont plus joués, ils ont cessé d’être vivants…

 

            Des panneaux, au rez-de-chaussée comme à l’étage, permet de découvrir les apprentis et élèves de Mirecourt, ainsi que les grandes familles de luthier de la ville d’autrefois et d’aujourd’hui.

 

            Le musée étant relativement petit, je conserverai un regret. N’avoir pu regarder, faute d’être exposé, un violon de François Médard, l’élève de Stradivarius à Crémone.

 

 

 

 

          Je place ici un article écrit pour un journal de lycéen présentant le livre de Jean Diwo, les violons du roi, J’ignore s’il a été publié.

 

 

DIWO, Jean ; Les violons du roi; Denoël folio, 1990; 476 pages.

 

 

 

 

 

 

         Le livre conte de façon très agréable la vie et la passion pour son métier d’Antonio Stradivari dit Stradivarius. Documenté, clair, le livre apaise soif de littérature et de savoir.

Histoire : depuis l’apprentissage dans l’atelier de Niccolo Amati à Crémone, jusqu’à sa mort au travail, et bien au-delà avec le destin de quelques uns (le « duc », le « messie »..) de ses violons, le livre raconte la recherche de perfection du luthier Stradivarius. Le livre conte aussi les destins du luthier lorrain François Médard, de Guarneri del Gésu (rapidement), de Vivaldi.

 

            Peut-on faire aimer la musique à travers le rythme des mots et des phrases ? Peut-on comprendre la passion de la musique à travers la fabrication de l’instrument musical, de la recherche de sa perfection ?

            La vie du plus grand luthier Antonio Stradivari dit Stradivarius, dans son quotidien passionnée, racontée par Jean Diwo, réussit cet exploit. Tout devient passionnant : depuis le choix du bois dans les lointaines forêts pour entendre les résonances de l’arbre, le travail de ce bois dans la camaraderie de l’atelier, les coups de rabots jusqu’au plus minuscule de ces derniers appelé « escargot », la recherche de la composition d’un vernis permettant de protéger le bois tout en laissant les sons se propager avec harmonie… Coffrage, pose de l’âme… L’artisan réalise une œuvre d’art tout en restant simple devant son métier, humble comme le sont les grands hommes.     

            L’artisan compare sensuellement son violon à une femme : hanches et tête, ouie… mais aussi âme qui donne aux notes leur force et leur émotion. Car la musique est émotion profonde : ainsi Antonio Vivaldi jouant pour Dieu comme nul n’arriva jamais à jouer, rêve donnant naissance à la « trille du diable » de Tartini…

            Ainsi, le livre explore plusieurs dimensions : artisanale et artistique, de l’Histoire aussi car les peurs liées aux guerres, au brigandage apparaissent et marquent les esprits et les chairs. Les vies et les histoires des hommes et des femmes, dans leurs amours et leur passion de la musique, s’agencent, se mêlent, se séparent. La vie du grand luthier traversant XVII et XVIII siècle semble commencer avec son apprentissage dans l’atelier des Amati à Crémone, puis tout en restant ans cette ville se dilater par le rayonnement de ses instruments : le lorrain François Médard se rend à Crémone pour perfectionner son art ; cardinaux, virtuoses, riches et influents, demandent ses instruments et parfois sa présence. Un seul se contentera de son seul instrument : Antonio Vivaldi, amoureux éperdu de Venise et la musique.

            Car de ce livre on peut aussi retenir les évocations des villes : Rome corrompue et sainte, Venise l’amoureuse et tentatrice, Crémone la sage consacrée à la lutherie par ses activités et ses hommes : Amati, Guarneri del Gesu, Stradivarius…  

    

 

                                     

 

 

 

 

 

 

 

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15 mars 2006 3 15 /03 /mars /2006 19:17

 

J’évade… Jean-Va de …. Gerardmer

 

 

 

             

Récit de voyage (mi février 2006)

 

 

 

 

 

            Autant j’ai dû défaire et remonter trois fois la chasse d’eau des toilettes de l’hôtel rémois une semaine auparavant, autant la chambre d’hôtel de Gerardmer est immense et luxueuse. Le lit devance les désirs de Cythérée par sa grandeur.  Dans la salle de bain : séchoir, double vasque, petits luxes quotidiens…

 

 

 

 

            Monts, habitations, tout est fondu dans une même volute blanche de neige. Nous sommes à Gerardmer dans les Vosges. L’hôtel abrite piscine, jacuzzi (de Zola) et même un sauna.

 

 

 

 

 

 

            La pension complète nous est assurée. Deux hôtels : un, luxueux,  pour le soir avec des repas comprenant un potage (duchesse du Berry…) puis un poisson, une viande, et enfin le choix entre fromage et un exquis dessert. Les nombreux couverts suscitent l’interrogation. Tous les soirs le repas change. Ce qui n’est pas le cas dans l’autre restaurant. Le repas reste identique sauf à prendre le menu du jour, bon et copieux bien sur. Le cadre aussi est différent.

 

 

            Le midi nous voit assis auprès du feu de la cheminée. Le décor cherche à imiter la rusticité convenant à un restaurant de terroir : meubles en bois massif, panneaux décorés, poutres apparentes… Sur les nappes tissées de carreaux rouges et de lignes vertes brillent couverts et carafe d’eau. Les grandes vitres laissent se déverser la lumière grise et blanche du ciel et de la neige. Posés sur un faux plafond, deux pantins de manège donnent leurs noms au restaurant : un grand coq et un âne.

 

 

            Au menu de solides plats du terroir : pâté lorrain et salade, ailes de raies concassées… clafoutis aux mirabelles…

 

 

 

 

 

 

            Nous nous reposons à Gérardmer où Marie souhaite skier comme d’autres partent à la chasse : sur les pistes du cerf, du loup, du lynx, du chevreuil, du renard, du sanglier et de ses nombreuses bosses. Semblable à une schtroumphette dans sa combinaison bleue, Marie est radieuse, heureuse, fatiguée.

 

 

            Dans Gerardmer même, nous sommes à la recherche d’un cadeau pour ma mère : la rare angélique. Cela nous permet de découvrir la ville. L’église aux briques presque mauve ; massive dans son corps, allongée dans son clocher. Elle est récente car l’ancienne a brûlée le 22 juin 1940 du fait des Allemands. L’intérieur est sombre sous de hautes voûtes. Les cartes postales la montre plus riante, illuminée les soirs de fêtes.

 

 

            Juste à côté de l’édifice, un digne monument aux morts, gris, dégagée de la neige, porte sur ses flancs comme dans toutes les villes de France le nom des martyrs de la liberté nationale.

 

 

            Nous reprenons la poursuite de notre visite de la ville et la poursuite de l’angélique. Magasins Wolfberger, de vins fins et d’eaux de vie ; maison de l’artisan offrant liqueur, saucissons de montagnes et jouets en bois ; maison de montagne proposant sa liqueur de mirabelle, son miel et ses fromages… nulle part d’angélique, partout des bonnes odeurs.

 

 

            Dans la ville blanche, la neige est propice aux batailles où les boules s’échangent et les rires fusent. Mais Marie, peu nerveuse, se laisse parfois viser sans beaucoup se défendre.

 

 

            Le manège de bois a vu de grands enfants demander « deux tickets pour adultes ». Récitant la formule magique de Marie Poppins « Escalidocious », nous chevauchons, et tournons, et passons et repassons dans les tours où nos chevaux de bois nous élèvent et nous abaissent alternativement.

 

 

 

 

            La musique du manège nous fait rire ou songer : macaréna, docteur Jivago… Marie hérite d’un surnom russe dans le froid qui nous assaille : Maroussa, petite Marie. Nous nous promenons en amoureux jusqu’au lac de Gérardmer. Marchons autour du lac, puis sur celui-ci, gelé. La neige et la glace nous entourent. Ici et là, des bonhommes de neige nous sourient et nous adressent des sourires surmontés d’une pomme de pin en guise de nez. Le coucou d’un bras maigre constitué d’une branche fine de bois nous accompagne un instant. Les chalets s’échelonnent, parfois proche et massif et de couleur rouge, parfois éloigné et s’étageant sur les hauteurs avoisinantes.

 

 

            Nous nous brûlons les lèvres en sirotant un chocolat chaud, riant, regardant le soir venir en prenant des teintes diverses. L’orangé strie le ciel de bandes horizontales, puis le blanc devient bleu et la neige semble resplendir comme du lapis lazuli.

 

 

            Nous rentrons, heureux, accolé l’un à l’autre comme de jeunes amoureux.    

 

 

           

 

 

            L’hôtel apporte le réconfort de sa chaleur…De Marie, beaucoup laisse supposer qu’elle est la réincarnation d’un poisson… mais des eaux tropicales.  Au sortir du sauna et de sa chaleur sèche le jacuzzi semble trop froid, elle préfère la bain bouillonnant de la piscine chauffée. Caldarium, frigidarium, tépidarium… Peut-être est-elle aussi l’incarnation d’une professeur de latin ?   

 

 

 

 

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14 mars 2006 2 14 /03 /mars /2006 18:18

 

J’évade… Jean-Va de …. Reims

      

Récit de voyage (février 2006)

 

             L’agrégation, triple épreuve de trois fois sept heures et une fois cinq heures… dix neuf heures en tout… se déroule dans un collège universitaire. Le plaisir du défi intellectuel se double d’une compétition physique.

             Attendre une demi-heure dans le froid que les portes soient ouvertes. Toilettes à l’étage, parfois cadenassée par crainte des dégradations causées par les collégiens. Ceux-ci hurlent dehors… Quel plaisir d’embêter des profs !

             Sur les tables trop petites il faut mettre copies doubles et feuilles de brouillons, règles normographes, crayons de couleurs, papier d’identité et convocation, stylos, et laisser la place pour les feuilles des sujets retournées. Mon en-cas est par terre, écrasé dans un bruit sec par un concurrent !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            Au sortir de la composition, le ventre nous tenaille, nous appelle… La moindre odeur est supplice et gourmandise. Les extrémités des doigts triangulaires à force de tenir stylos et crayons,  nous agitons nos poignets douloureux. Et maintenant il faut attendre.

 

 

 

 

 

 

            Le retour à la chambre d’hôtel réserve des joies : trottoir gelé, visages fermés des Rémois dans le froid vif piquant la chair. Dans l’hôtel les corridors se succèdent, il faut allumer la lumière avant de sortir dans un corridor à l’air libre. Chambre 23 : tout droit, dans le froid. Arrivé au bout : rien ! Je tourne, dans un recoin je devine l’escalier. Je le gravis. Au-delà de cette pente raide un petit palier et, dans un coin une porte blanche portant le n°3. Voisine un post-it indiquant : chambre 23.

             Dans la chambre d’hôtel, j’installe mes affaires de révision sur un lit, mon corps immense sur l’autre. Loin des bruits, une table et un halogène, je peux travailler, et, bizarrement, m’épanouir. 

             En échange d’une tentative de réparation de la télévision, Marie avait préparé mes affaires de toilette pour Reims, je me retrouve donc sans gant, ni produit douche ou champoing ! Je ris, sort, et achète tout cela avec des oranges maltaises dont l’odeur embaume ma « cellule » de travail. Leurs chairs sucrées me régale.

 

 

             Après l’épreuve de géographie : deux visites. La première consiste en celle de la médiathèque de la cathédrale et de son superbe fond. Qu’est-ce qu’on est bien dans une bibliothèque ! La seconde est la réalisation d’une promesse : « Si le sujet tombe sur l’Afrique, je me rends au restaurant luso-africain la Kitanda ». Cylène, la Cap-Verdienne qui tient ce restaurant me fait découvrir la cuisine de l’Afrique « portugaise » et me parle de ses voyages : Angola, Mozambique, Portugal, Toulouse ! Et bien sur Cap-Vert dont elle est native.

             Les compositions comportaient ces sujets intéressants mais parfois complexes. En histoire : « Mémoire et souvenirs de la "Grande Guerre" en Europe (1919-1940). La difficulté consistant à réaliser un plan doté de parties équilibrées. La seconde épreuve en géographie portait sur "Les littoraux de l'Afrique". La carte est à réaliser à main levée. Les candidats adverses ont commencé à écrire au bout de 10 minutes, il semble en effet qu'ils aient vus ce sujet en cours de leur préparation ! Dommage pour moi. La dernière épreuve de cinq heures oblige de lire entre une dizaine et une vingtaine de documents. Il faut les étudier rapidement, en extraire informations scientifiques, historiographiques et traitement pédagogique. Le temps est court…

             Après cette ultime épreuve, retour. Dans la voiture nous reprenons le chemin de Troyes en tentant où de deviner : mais où est la montagne de Reims ? 

             Une semaine de cours, la fatigue s’est incrustée dans mes os… la délivrance des vacances. Je me remets à Gérardmer dans de toutes autres conditions.

  

                        Jean-Youri

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 mars 2006 1 13 /03 /mars /2006 20:34

 

JIM n°6

 

 

Les paysages et la lumière

 

            Retour par le chemin des écoliers. La lumière du Gers éclate dans le ciel bleu. Malgré la sécheresse le maïs est vert et les grandes tiges sont lourdement chargées. Notre hôte a eu la sagesse de planter la céréale très tôt. Aussi, les racines ont eu le temps de se développer et puisent profondément en terre l’eau indispensable à la vie. Attention aux tournants sur la route, certains vélo-cyclistes roulent habillés en vert !

            Les routes suivent les limites des champs et ont, bien souvent, des tournants surprenants. Les parcelles de maïs succèdent puis cèdent la place à des espaces d’élevage. De robes noires, marrons ou charolaise blanche les vaches paissent avec un air de satisfaction réjouit. Un croisement. Sur un tronc noir à la splendeur d’ébène une coquille saint Jacques est clouée. A chaque carrefour une croix est dressée de pierre blanche ou de métal forgé et torsadé.

            Les héliotropes baissent leur tête noire, écrasée de soleil brûlant. Les courbes des collines donnent de la douceur au paysage.

 

            Les clochers d’églises de la région sont parfois octogonaux. Il est étrange de voir leurs faces anguleuses monter dans le ciel en quête de nuage à accrocher. Les églises sont petites et belles, anciennes parfois : celle de Gimont date du début XIV siècle. Quelquefois construites en briques, les édifices religieux montrent alors des parois rouges.

            A Marciac même, la place de l’office de tourisme est ornée de statues : un saxophone, et surtout un trompettiste. Il s’agit de Wynton Marsalis, musicien génial au grand cœur faisant beaucoup pour le festival : masters class, présence attendue tous les ans au festival, rappels nombreux sous le chapiteau : jusqu’à six fois. Une année même, le chapiteau dû être évacué du fait de la pluie une demi heure avant la fin du concert. Wynton est venu sur la place pour redonner en intégralité son concert !

            La place publique, au centre d’un carré de bâtiments à arcades, abrite les nombreux concerts du spectacle off. Les auditeurs s’installent sur les chaises, d’autres vont prendre une collation (pomme de terre fourrée, assiette de foie gras…) aux nombreux cafés et boutiques installées à la bordure de la place. Le café de Charles propose cafés, liqueurs, jus de fruits. Les vendeurs de cartes postales, de CD de jazz, les restaurants aussi, s’abritent sous les arcades. Les rues adjacentes offrent un spectacle animé avec les boutiques itinérantes émigrées du festival précédent de Vic Fezensac. La boutique « la cave » vend Tariquet, madiran rouge, floc, autres alcools et liqueurs. Une autre rue, et une dame nue, peinte en rayures blanches et vertes horizontales, propose l’entrée d’une galerie d’art. La statue énigmatique est pourtant belle.

 

            Des espaces de toile, blanches, rouge marquée du nom du sponsor en lettres blanches (la Dépêche), vert et jaune car c’est l’année du Brésil… on passe aux pierres taillées des abbayes de la région. Abbayes mais aussi témoignages antiques, tel les mosaïques de Séviac. L’endroit est superbe car on trouve des vestiges de thermes bien conservés. L’église de Tillac, à 10 kilomètres de Marciac, propose le festival de Monsieur Croche. La musique classique – de bonne qualité - régalera vos oreilles. Les statues de bois à l’entrée de l’église sont superbes. La charpente en bois est colorée, peinte en bleue et de divers motifs discrets et élégants.

            Bien plus loin, l’abbaye de Silvanes propose –presque au bout du monde, dans un espace reculé et arboré – un festival de musique sacrée. Les gérants de l’ancienne abbaye cistercienne demandent deux euros pour visiter le lieu sacré. L’orgue immense et moderne s’élève à l’arrière de l’entrée. Les colonnes présentent des chapiteaux aux motifs variés. Parfois, des traces de polychromie font discerner de fausses colonnes en trompe l’œil, peut-être de l’époque renaissance. En dessous des vitraux une statue de Vierge, abritant un enfant et un globe de domination, est de style ancien.  Mais la salle capitulaire est occupée par une chanteuse, le scriptorium par toute une foule d’apprentis yogis. La visite est pire que décevante ! Frustrante !

 

            Les paysages rencontrées lors du retour sur le plateau du Larzac sont variés, étranges : parfois verdoyants et d’autres fois steppiques, quasi lunaires… La bauxite, comme un épiderme rongé au sang, marque d’écarlate la terre. De rares tiges vertes constituent le faible pelage de cette terre. Sur les routes reliant les rares villages isolés, des écrits à la craie demande de l’eau pour le Larzac. Perchés, les villages se tassent maison contre maison, accentuant l’impression de solitude émanant des lieux.

            Verdoyante, la vallée des gorges du Tarn déroule ses méandres reposants, sereins. Les routes vertes sont étroites, dénuées de camions car les tunnels étroits et taillés dans le roc en un ovale irrégulier. Presque impossible de se croiser entre deux voitures, heureusement la circulation est très rare. Nous arrivons à Ambialet. Peu d’habitants, une belle centrale hydroélectrique ressemblant à un château renaissance, une vue sur le Tarn superbe. L’impression est superbe. Quelques marches d’un escalier à même le flanc des éminences et on aboutit à une église haut perchée. Une croix sculptée des deux côtés rongée par la pluie, le vent et le temps  jouxte l’église, hélas fermée. Un monument aux morts de la 1ère guerre mondiale énumère les nombreux enfants de la petite patrie morts pour la grande. De chaque côté de cette grande plaque deux autres de 1923. L’une plus dépouillée, l’autre revendiquant pour les morts le droit d’une commémoration religieuse : « Ceux qui sont morts pieusement pour la patrie ont le droit de reposer religieusement selon leurs désirs ».  Je ne suis pas sur de la formule finale, mais l’esprit est bien celui-ci.  Sur le promontoire de l’église le regard porte loin, de chaque côté. Le paysage s’étend, immense. L’ombre étend son obscurité sur les forêts noircies et les routes en lacets. L’autre bord s‘est  abandonné au souffle d’un vent léger, secouant légèrement les feuillages d’or lumineux et d’émeraudes étincelantes.  Le pont enjambant le Tarn relie un petit village s’étalant le long de la ligne des monts et l’hôtel de l’autre bord, puis des champs défilant le long de routes interminables, toutes en virages. Arrivé au point de vue, il faut se mettre debout sur le banc pour admirer, en dépit des broussailles abondantes, la pente des collines déclinant jusqu’à l’horizon parcellé de vert et d’or.  Sur une hauteur, une ferme, un village… Horizon broussailleux, éclatant de couleurs et de beauté.

            Pour quitter la vallée nous suivons le Tarn dans ses boucles, sa lumière verte affleurant des eaux paisibles. Remontant, nous trouvons un flot toujours plus abondant du fleuve, à chaque fois que nous dépassons un « petit » barrage hydroélectrique.

            De la modernité à l’aspect médiéval d’un château occitan, la distance est courte. Le village touristique de Brousse le château est paisible, malgré l’encombrement des voitures dans les rues. Le cours d’eau étale son onde avec quiétude, bordé de fleurs et de plantes d’eau. Au dessus de l’eau s’avance un pont pavé de pierres irrégulières. Au centre du v inversé et aplati s’élève une croix peinte sur lequel meurt le Christ. Parvenir au château demande de parcourir une pente de pierres pavant  des sentiers rudes. L’église est apaisante, malgré la proximité toujours inquiétante du cimetière.  Le château, perché au haut d’un monticule, déploie ses tours, en demi-gorge pour ne pas permettre à l’assaillant de prendre avantage de positions conquises. Des orifices servent d’archères pour les armes à feu, le trou rectiligne au-dessus de lui permet de viser. Des légendes sous forme de personnages en cire conte l’histoire de cette princesse kidnappée à six ans pour un mariage avec le châtelain, dans une autre tour a vécu un homme capturé pour le plus grand profit du seigneur. Il a vécu la captivité jusqu’à sa folie puis sa mort. Dans le logis du seigneur, le four est installé au dessous du pigeonnier, ceci donnant aux volatiles une agréable chaleur. Le puit dans le donjon permet d’éviter la soif lors de siège. Plus loin, la tour picard est peu élevée par rapport à ses légendaires 45 mètres. Il ne reste que peu de choses…

 

            La légende rencontre les souvenirs. Le retour est maintenant proche…  

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