Voyage

Dimanche 12 mars 2006

 

Juillet-août 2005

JIM n° 1

 

 

 

Introduction : Jazz in Marciac

Partir, c?est ouvrir son c?ur et son esprit au monde. Parfois, c?est aussi ouvrir ses oreilles. Le festival de jazz à Marciac consiste en tout cela à la fois.

Comment la petite ville du Gers est-elle devenue un moment de joie musical et d?ouverture aux autres ? Tout simplement car la musique est un langage universel. Elle fait côtoyer les accents américains et brésiliens, le blues et le funk, les blancs et les noirs (hommes, femmes et notes), car le son des rires, comme les notes de musique, ne connaissent ni frontières ni racisme.

 

             Pourquoi dire tout cela ? Parce que j?ai vécu, et je vis, un moment de mondialisation réussie. Plutôt que d?entrer dans des théories et des polémiques folles et intellectuellement masturbatrices, je vais vous raconter ce beau quotidien.

 

 

 Arrivée à Vic Fezensac

 

            De Troyes, de la Ciotat, amis et parents se retrouvent. Le voyage est long mais heureux sous un ciel assez clément pour épargner les grosses chaleurs. Le paysage change, les vallées brûlées de soleil, les collines dévastées par les incendies estivaux, les bastides de pierres appelées bories? Et aussi l?autoroute : un long ruban gris où s?amoncellent voitures et quelques camions. Un arrêt déjeuner sur une aire : les croissants sont pris d?assaut par une horde de touristes affamés. Peu importe, bientôt le Gers et ses foies gras mi-cuit à la confiture d?oignon accompagnés d?un verre de pasherenc, ses confits de cuisse de canard à la peau croustillante, ses magrets à se pâmer, son melon au floc?

            Nous sommes arrivés à bon port le dimanche. La chambre d?hôte est agréable. La piscine renvoie des reflets bleus appelant à lézarder au soleil. Mais? le plaisir sensuel est aussi celui de l?audition. Nous sommes arrivés plus tôt pour bénéficier du festival de Salsa de Vic Fezensac. La localité n?est pas vraiment à côté. Les détours des routes suivent les champs. On croit tourner à gauche en haut de la route, et c?est à droite qu?il faut obliquer. Quelques tracteurs, immenses et hauts perchés, se déportent pour nous laisser passer. Un petit coucou de la main pour les remercier et nous arrivons à la ville.

            Vic Fezensac : des boutiques, beaucoup, et de tout et n?importe quoi. Nous les retrouverons le lendemain à Marciac, pour le début du festival de jazz. Les rues sont populeuses, encombrées de héros fatigués aux longs cernes sous les yeux. Ils en sont déjà au quatrième et dernier jour de salsa. Néanmoins, les gens dansent. Ils dansent sur les petites places, au son des hauts-parleurs ; ils dansent dans les bars, au rythme des orchestres ; ils dansent à proximité des arènes, sous le chapiteau abritant le spectacle des écoles de salsa. Là, des danseurs noirs à l?accent chantant afro-américain mâtiné de français, mènent la chorégraphie.  « Hi han » scande l?un d?eux pour marquer les pas, tout en faisant virevolter sa partenaire. Les pas s?enchaînent, se déchaînent. « Ghawa » crie l?un d?eux en levant le bras. « Ghawa » reprennent les autres, et les voilà parti en duos tourbillonnant.

            C?est la course folle aux informations. Le distributeur de dépliants roses est juste devant moi, jamais à portée de vue, jamais très loin. Je fais le tour des arènes, je retrouve le couple de mes parents avec le dépliant à la main. Je l?avais aussi, pris au stand d?une cabane de bois bordant l?entrée des arènes.

            Des baraques, des bars mais aussi des scènes sont présents. L?un d?entre eux diffuse du steel drum, c?est-à-dire qu?une bande de joyeux drilles habillés de costumes aux couleurs voyantes tapent sur des bidons déformés, retravaillés, et dont les sons clairs évoquent les Antilles. C?est un héritage des bidons de l?US Army laissé aux îles ensoleillées. Les Antillais s?en sont servis pour obtenir des instruments de musique. Selon que l?on tape sur le bord ou au centre de l?ancien bidon de forme plus ou moins évasé, on obtient une tonalité différente. Le rythme d?ensemble, l?entrain joyeux forment la musique gaie et colorée.

            Le temps de se restaurer : un verre de floc, quelques sandwichs au magret de canard - Gers oblige - et nous voici avec de nouveaux amis que nous retrouverons de loin en loin et de proche en proche le long du festival. Elles me barbouillent les joues de rouge à lèvre pour me dire bonjour. Nous parlons. L?heure est venue de prendre les places pour le spectacle.

            Le prix d?un billet ? 30 euros. Le lieu ? Les arènes. Le spectacle ? Le thème est ce soir la salsa japonaise ! C?est avec elles que je vais découvrir la salsa, le merengue (salsa plus lente), le Chachacha...

            Elles, ce sont les 10 japonaises du groupe Son Reynas. Des tigresses bondissantes avec une énergie à mettre le feu à l?océan. En costume japonais, elles dansent, parlent un français hésitant et se présentent avec humour. « Je suis Hichiro, je sais imiter la grenouille ! » « J?aime l?armagnac? ». Les rappels se succèdent. L?animateur qui voulait présenter l?autre groupe est hué. Il faut les rappeler, encore et encore.

            Cela danse encore et encore. Les japonaises comme les spectateurs. Ceux qui ne sont pas sur les gradins où des gardes surveillent que nous ne prenions pas de photos, sont sur la piste de l?arène. Ils sont serrés comme des sardines, et trémoussent quand ils ne peuvent pas danser en s?enroulant sur eux-mêmes. L?ambiance est hot, hot, hot?

            Quelques minutes de pause à Tempo Latino, le temps de quérir dans la bousculade ce qui ressemble à une pression, de revenir dans l?arène où les danseurs profitent de l?espace retrouvé pour danser au son des hauts parleurs, et me voici sur les gradins. L?orchestra de la Luz est annoncée. Des japonais, et la chanteuse japonaise qui reçoit le prix de Tempo Latino pour son effort de diffusion de la salsa au pays du soleil levant (le drapeau japonais est déployé sur le devant de la scène). Elle se démène, sensuelle et vibrante, dans ses danses et dans sa voix. La voici suggestive, et là tendre. Là elle dédicace en espagnol sa chanson à la paix. Là, joie de chanter et de danser tout simplement.

            Le moment de partir est hélas venu. Il est très tôt le matin. La route à lacets déroulent ses pièges et suscitent la vigilance. Enfin et hélas, le lit. Tomber après s?être déshabillé, dormir, et multiplier les rêves de Japonaises lascives et agitées?

 

 

 

   

 

 

Par Jean-Youri
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Dimanche 12 mars 2006

Juillet-Août 2005

JIM n°2

 

 

 

 

 

 

La cuisine du Gers

 

 

 

 

 

 

Mission impossible : trouver un cadeau à son épouse alors qu’elle n’aime ni le jazz ni le blues et autres enchantements sonores, et que, de plus, elle fait un régime… !

            Et pourtant, les confits de cuisse de canards à la peau craquante, les magrets si fins et si onctueux qu’ils donnent l’impression de manger à la table des dieux. Et le foie gras mi-cuit à s’en pâmer. Le pasherenc accompagnant le foie gras, la confiture d’oignon en sus. La salade de gésiers, et les vins : le madiran rouge, le saint Mont : vin des pèlerins, le floc sur le melon… Il reste encore tant à goûter : la garbure potage de nom et solide de consistance… Et dans les desserts : la croustade ou pastis (pâtisserie) gascon : un gâteau au pomme recouverte de copeaux fins de pâte croustillante et craquante.  

            Il en existe pour tous les budgets : gastronomique avec les bonnes adresses : Le Bastidon dans un cadre agréable avec piscine pour la sieste, grande cheminée, appareillage en bois… Les délices se succèdent. Le palais s’enchante et fait chanter les fourchettes, couteaux et cuillères. Les convives se taisent et savourent. L’hommage du silence est un des plus forts à rendre aux cuisiniers.

            Le coin du feu est un restaurant sis dans Marciac même, au contraire du Bastidon. La pluie pousse les festivaliers à y rentrer, mais ils reviennent pour le plaisir de la bouche. Ambiance élégante, feutrée. Service impeccable et convivial. Mais aussi des curiosités décorant le lieu : un antique gramophone au porte voix immense, couleur bronze oxydé ; des casseroles de cuivre rutilantes de forme ovale accrochées au mur ; une corne de chasseur pour bourrer de poudre le fusil ( ?) sur le haut de la cheminée… Il faut y revenir encore et encore.

            Une autre cuisine, plus familiale mais fameuse, est à dévorer à la Péniche. Le lac (où la baignade est interdite) retentit aussi des accords du jazz. Les cygnes se sont envolés à l’arrivée du premier bateau à moteur, les canards sont un peu distants (ils vivent dans un pays dangereux) et les poissons sont énormes, proches, mais peu goûteux ! L’endroit est agréable. Non loin, un cheval de trait dételé prend le frais, la calèche aussi d’ailleurs. Les voitures s’alignent sous les arbres dans l’espoir déçu d’une ombre les protégeant des ardeurs du soleil. Quelques pas, un escalier de pierre, et l’on rentre dans une péniche aménagée en restaurant. L’accueil est agréable. L’omelette aux girolles excellente… Du vin du Condomois (Corolle) vous est proposé, et du madiran tradition romane… Sur les parois de la péniche sont exposés les affiches du festival de jazz de Marciac depuis sa création, vers 1977. Des affiches au départ noir et blanc, lorsque le festival ne durait que trois jours en août, puis une semaine et aujourd’hui quinze jours bien remplis par le festival off et on.

            Pour toutes les bourses, c’est-à-dire que l’on peut se restaurer sur la place de Marciac pour quatre euros cinquante : un plat provençal au Grat’ail, une crêpe salée à la Bolée bretonne, ou encore les célèbres et fameuses pommes de terre garnies de la place. Une pomme de terre chaude garnie par exemple de fromage raclette et de lardons, ou alors de fritons (lard grillés)… Evidemment, il est aussi proposé une assiette de toasts de foie gras (bloc) accompagné de son verre de pasherenc blanc.

            Toutes sortes de saveurs attendent les aventureux. Mais, de toutes les baraques installées sur le chemin menant au chapiteau, le Macintosh a ma prédilection : la salade gasconne (gésiers, foie gras, magret…) est une gourmandise à savourer.     

      

            Le foie gras est une tradition gastronomique du Gers. Cependant, à cette époque de l’année, il est bien petit dans le ventre de l’animal. L’époque des chaleurs festivalières se prête peu à la préparation (à distinguer de la dégustation) du foie gras. Pour suivre une formation dans la préparation du foie gras, que l’on peut cuisiner soi-même, il convient de venir à Gimont. C’est bien plus loin en direction d’Auch et de sa superbe cathédrale classée par l’UNESCO. Gimont est une petite ville, de bien peu d’habitants et d’habitations. Construite sur une hauteur le long d’une rue, elle a gardé de son passé médiéval une église du XIV siècle et des rues au nom évocateur : rue des pénitents blancs, rue des pénitents gris, rue des pénitents bleus… Attention donc au péché de gourmandise. Gimont tient de novembre à fin mars des « grasses matinées », c’est-à-dire un marché au foie gras. A défaut de repasser par cette ville à cette époque il est possible de venir le mercredi matin : les éleveurs régionaux vous proposent leurs produits. La foule s’assemble, se presse dans la rue principale avec sourires et cette allure de sénateur convenant à ceux qui prennent le temps d’être heureux. Il faut dire que les halles en bois du XIV siècle abritent agréablement de la chaleur tout en charmant les yeux. Le nez quand à lui respire les effluves du marché mêlant épices et fromages, viandes et fruits…

 

 

 

            Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger… Mais dans le Gers c’est plus dur qu’ailleurs…

 

 

 

Signé : les gastronautes.

 

 

Par Jean-Youri
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Dimanche 12 mars 2006

 

JIM n° 3

 

 

A l’horizon des oreilles (n° 1 : spectacle off)

 

 

 

            Le jazz. En arrivant à Marciac j’ai vu une camionnette bleue sur laquelle était inscrite : je roule au gaz. Spontanément j’aurai plutôt lu : Je cool au jazz.

            En plus des voitures semblant danser car tournant et retournant à la recherche vaine d’une place, le jazz vous accueille en arrivant dans la ville. Un lac séjourne paresseusement à proximité de la ville, le spectacle off se déroule aussi là-bas. Mais c’est sur la place de Marciac, sous la voilure cette année aux couleurs or et vert du Brésil que les sons colorés et rythmés retentissent avec le plus d’auditeurs. Connaissez-vous Sandy Patton et Mina Agossi (?) Elles vous charment par leurs voix chaudes et profondes, d’une incroyable puissance d’évocation. La première est réputée dans de nombreux clubs de jazz et dispose d’un charisme enthousiasmant. La seconde, franco-béninoise, manie sa voix et nous entraîne dans les belles contrées du jazz.

            Que dire de ces spectacles du off où les spectateurs s’installent sur les chaises, un libération gratuit (car sponsor de l’événement) à la main, qu’ils délaissent bientôt fascinés par ce qu’ils entendent ? Certains par terre, d’autres assis, d’autres encore debout, tous s’agglomèrent à proximité de décibels. Je rends hommage aux élèves du collège de Marciac. Leur maîtrise de l’instrument ou de la voix et leur assurance étonnent et séduisent. De jeunes personnes entament des parties de saxo comme les grands, ainsi le jeune eurasien de 16 ans nommé Huang invité par un groupe déjà confirmé : le François Chassagnite Quintet. Ou bien la belle et jeune norvégienne Sofie Sörman ( ?), de rouge vêtue, heureuse de dédicacer une chanson pour l’anniversaire de sa mère, présente à Marciac. La liste est longue.

            Du festival off, on peut retenir aussi son humour. Ainsi, ce Canadien donnant les mélodies qu’il a composé, en particulier celle en souvenir de l’époque où il mettait en musique la chasse par 20 garçons de 10 cochons oints de graisse qu’ils devaient rattraper pour pouvoir les garder.

            De l’émotion aussi, lorsque le père et le frère de Michel Petrucciani jouent avec brio leurs répertoires. Le Tony Petrucciani  Trio a donné, pour le plus grand plaisir des auditeurs, In A Sentimental Mood, Nuages, Summertime… Il est des moments où le temps semble s’arrêter.

            Il est difficile de s’arrêter. Il faut au moins évoquer le groupe marseillais (dont un pianiste Israélien) NewTopia. Le pianiste, dans l’émotion musicale, plie son corps au rythme des accords. Le saxo – et go, et go, et go – enfonce les touches du sax, lève le pieds, vibre… Une composition après, et c’est toute la détresse d’une situation douloureuse qui transparaît au filtre des notes…

            Entre spectacle off et spectacle in (sous le chapiteau sont conviés les plus grands) les liens sont nombreux. Tel Sara Lazarus et son quartet, passant en 1ère partie avant le très grand Wynton Marsalis. La chanteuse est issue du spectacle off. Elle offre toute sa voix, se donne entièrement à son spectacle. Il émane d’elle une grande chaleur conquérant la salle. Ses partenaires sont parmi les plus grands français : Gilles Naturel à la contrebasse et Alain Jean-Marie de Pointe à Pitre puis de Paris au piano. Nous retrouvons ce même Alain Jean-Marie et sa virtuosité délicate et swingante au off, mais bien en retard après s’être un peu trop attardé du côté des arènes la vielle. A ses côtés on compte aussi Olivier Temime, le saxophoniste présent au côté de Marsalis l’avant-veille. Ils pourraient être sous le chapiteau tant l’audition ravit les spectateurs, les transportent…     

Par Jean-Youri
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Lundi 13 mars 2006

 

 JIM n° 4

 

 

A l’horizon des oreilles (n° 2 : spectacle in)

 

 

IBRAHIM FERRER EST MORT ! La nouvelle a frappé de stupeur et de chagrin les festivaliers de Marciac. La grande voix cubaine avait donné son dernier concert à Marciac trois jours auparavant. Il plane sur la ville du Gers une impression de mélancolie, d’adieu… Pourtant, the show must go on. 

Les discussions vont bon train. Lors du petit déjeuner où Bretons de Nantes et de Vannes, habitants de Marseille et de la Ciotat, et même un exilé de Troyes se retrouvent, le nom de Ferrer chantent sur les lèvres. Les anciens parlent avec animation de ce qu’ils ont découvert et vécu avec lui, les jeunots regrettent de ne pas en savoir plus.

 

Le soir, le concert sous le chapiteau (spectacle in) lui est dédié. Les gens s’assemblent, rejoignent leurs places, plus graves et moins bruyants qu’à l’accoutumée. L’écran s’allume mais la scène reste vide et sombre. Les écrans géants sont disposés de part et d’autre de la salle pour permettre la vision du spectacle aux 5 000 spectateurs et auditeurs, assis plus ou moins confortablement sur cet ancien terrain de rugby. Une voix retentit, raconte le don musical d’Ibrahim Ferrer… puis l’écran scintille. Un endroit gris, un homme à casquette s’avance. Une femme qui danse, un petit orchestre, et le vieil Ibrahim au teint hâlé et aux rides nombreuses chante. La voix se tait, à jamais. Puis son image prise à Marciac et nos mains qui applaudissent. Adios amigos.

 

Le spectacle est prévu en trois parties. Toutes consacrées au piano. Le déjanté Omar Sosa, le spirituel Abdullah Ibrahim, et enfin Kenny Barron et Mulgrew Miller dans un duo de piano à queue se répondant.   

Qui est Omar Sosa ? Son groupe est constitué d’un batteur immense et massif maniant les tambours africains et occidentaux, d’un guitariste beau gosse chantant en ouolof, et d’Omar Sosa. Le pianiste noir est affligé d’une barbichette fournie dégoulinante de sueur au fil de la soirée. Mais quel est son chapeau ? Une toque de chef cuisinier écrasée sur le côté ou bien un couvre chef exotique ? La musique est belle et généreuse, à la hauteur de l’excentricité affichée. D’abord une improvisation sur le nom d’Ibrahim Ferrer selon le rite yoruba. La virtuosité des mains d’Omar plaque des accords modernes et d’autres plus classiques. Un temps qui semble éphémère. Une touche enclenchée, et les échos de la musique retentissent… et finissent par mourir. Omar s’est levé, rejoint par le guitariste et le batteur. Union des voix sur le nom d’Ibrahim Ferrer. Deux rappels, la nuit sera longue à devenir demain (la soirée finira vers deux heures et des poussières du matin…).

Le sud africain Abdullah Ibrahim s’est converti à l’Islam et en a tiré un look de gourou et une musique marquée par la spiritualité que d’aucun disent géniale, et d’autres soporifiques. Déjà présent il y’a quatre ans le pianiste fascine par sa musique hypnotique. Virtuose, il multiplie sans poses et sans paroles de longues phrases musicales sereines… Comment fait-il pour fasciner un auditoire si échauffé par Omar Sosa ? La salle est captivée, mais est-ce vraiment du jazz ? Eternelle question posée par les puristes du jazz.

Puis vint le duo des pianistes Kenny Barron et Mulgrew Miller. Les deux pianos à queue disposés côte à côte pour ne former qu’un seul ensemble, les deux hommes posèrent leurs doigts immenses sur les touches d’ivoire. Dans un tourbillon de sons les deux hommes entamèrent un dialogue, sans partition, attentif à l’autre. Chacun s’accorda un chorus. Et, malgré l’heure très tardive, ils eurent de la part du public la demande de deux rappels.

Ainsi s’acheva une nuit et le début d’une journée riche d’émotion.

 

 

Par Jean-Youri
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Lundi 13 mars 2006

JIM n° 5

 

 

La palme des abrutis

 

AAAAAArrrrghhhh ! Cruel dilemme, à qui discerner la palme des plus abrutis lors du festival de Marciac ? Le choix est dur même si aucun chanteur ou musicien n’est qualifié. Pourtant, vous le découvrirez par la suite la création de cette palme en forme de balai (du balai !) s’est avéré une nécessité.

Ecouter de la musique est le désir du festivalier. Dans mon cas, un désir comportant quatre ans d’économie. Aussi on peut imaginer un peu de respect et de silence lorsque l’on assiste à un concert. Alors :

Palme de bronze aux jeunots saoulards derrière nous lors du récital de Gilberto Gil. Ils se sont attirés les remarques plus ou moins amènes des différentes personnes devant eux. Une première remarque furieuse, puis - une douzaine de gras rires porcins et de blagues vaseuses à voix haute plus tard - une demande formulée avec une certaine rage froide de ma part, ce qui fit blanchir l’un d’entre eux et m’attira une tape amicale de mon voisin accompagné d’un merci au fort accent anglais. Finalement ils ont décanillés se trémousser au rythme de leur ivresse nauséeuse.

La palme d’argent pour les organisateurs du festival. Le phrasé du piano d’Abdullah Ibrahim exige attention et presque recueillement. La spiritualité émanant de la musique fut déchirée par les assauts bruyants de « Papy Chuby » jouant aux arènes. Le rythme effréné et assourdissant de cette musique couvrait la notre par les ouvertures de la voilure du chapiteau. Une belle palme d’abruti donc pour les organisateurs en charge de la sono des manifestations.

Enfin, une superbe palme d’abruti en or massif au garçon tendant sa casquette au sortir de la soirée spéciale Charles Birdy Parker. L’enchantement du son du saxophoniste Phil Woods jouant avec la formation classique du conservatoire de Toulouse, puis le Legacy Band Charlie Parker nous transportant avec son batteur légendaire de 71 ans Jimmy Cobb, répondant aux vibrations enthousiasmantes d’un jeune italien de 16 ans, déjà immense au saxo. La trompette de John Fadis répondant au saxo de Jesse Davis évoquait celle de Dizzie Gillesby et le sax de Birdy Parker. Malgré l’heure très tardive les rappels en standing ovation se multiplièrent… C’était géant ! Et la « digue du cul » braillée à nos oreilles, accompagné d’une casquette mendiant de l’argent pour le garçon en Nike très, très petit. Et vraiment mal chanté.

 

Une mention spéciale, bien que hors concours car sur la route du retour, pour la chambre d’hôte à Ste Eulalie des Cernons. Le domaine de la b…. , si vous avez l’occasion, ne passer surtout pas. La seule chose gentille de ce coin c’est la biquette Esméralda, adorable avec son petit nez rose. Nous avons logé au Pigeonnier, vraiment très bien nommé car destiné aux pigeons. Lits très médiocres, les deux chambres ( !) ne sont séparées que par une tenture. Quant à la salle de bain, euh… Les baraques en bois vous aimez ? Un de mes amis a failli exploser devant la médiocrité du petit déjeuner : quelques biscottes et des wasas sous cellophanes, un minuscule pot de confiture et du beurre. Pas de pain, pas de goût, pas aimable ! Vivement la fuite !

 

Destination retour donc !

Par Jean-Youri
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Lundi 13 mars 2006

 

JIM n°6

 

 

Les paysages et la lumière

 

            Retour par le chemin des écoliers. La lumière du Gers éclate dans le ciel bleu. Malgré la sécheresse le maïs est vert et les grandes tiges sont lourdement chargées. Notre hôte a eu la sagesse de planter la céréale très tôt. Aussi, les racines ont eu le temps de se développer et puisent profondément en terre l’eau indispensable à la vie. Attention aux tournants sur la route, certains vélo-cyclistes roulent habillés en vert !

            Les routes suivent les limites des champs et ont, bien souvent, des tournants surprenants. Les parcelles de maïs succèdent puis cèdent la place à des espaces d’élevage. De robes noires, marrons ou charolaise blanche les vaches paissent avec un air de satisfaction réjouit. Un croisement. Sur un tronc noir à la splendeur d’ébène une coquille saint Jacques est clouée. A chaque carrefour une croix est dressée de pierre blanche ou de métal forgé et torsadé.

            Les héliotropes baissent leur tête noire, écrasée de soleil brûlant. Les courbes des collines donnent de la douceur au paysage.

 

            Les clochers d’églises de la région sont parfois octogonaux. Il est étrange de voir leurs faces anguleuses monter dans le ciel en quête de nuage à accrocher. Les églises sont petites et belles, anciennes parfois : celle de Gimont date du début XIV siècle. Quelquefois construites en briques, les édifices religieux montrent alors des parois rouges.

            A Marciac même, la place de l’office de tourisme est ornée de statues : un saxophone, et surtout un trompettiste. Il s’agit de Wynton Marsalis, musicien génial au grand cœur faisant beaucoup pour le festival : masters class, présence attendue tous les ans au festival, rappels nombreux sous le chapiteau : jusqu’à six fois. Une année même, le chapiteau dû être évacué du fait de la pluie une demi heure avant la fin du concert. Wynton est venu sur la place pour redonner en intégralité son concert !

            La place publique, au centre d’un carré de bâtiments à arcades, abrite les nombreux concerts du spectacle off. Les auditeurs s’installent sur les chaises, d’autres vont prendre une collation (pomme de terre fourrée, assiette de foie gras…) aux nombreux cafés et boutiques installées à la bordure de la place. Le café de Charles propose cafés, liqueurs, jus de fruits. Les vendeurs de cartes postales, de CD de jazz, les restaurants aussi, s’abritent sous les arcades. Les rues adjacentes offrent un spectacle animé avec les boutiques itinérantes émigrées du festival précédent de Vic Fezensac. La boutique « la cave » vend Tariquet, madiran rouge, floc, autres alcools et liqueurs. Une autre rue, et une dame nue, peinte en rayures blanches et vertes horizontales, propose l’entrée d’une galerie d’art. La statue énigmatique est pourtant belle.

 

            Des espaces de toile, blanches, rouge marquée du nom du sponsor en lettres blanches (la Dépêche), vert et jaune car c’est l’année du Brésil… on passe aux pierres taillées des abbayes de la région. Abbayes mais aussi témoignages antiques, tel les mosaïques de Séviac. L’endroit est superbe car on trouve des vestiges de thermes bien conservés. L’église de Tillac, à 10 kilomètres de Marciac, propose le festival de Monsieur Croche. La musique classique – de bonne qualité - régalera vos oreilles. Les statues de bois à l’entrée de l’église sont superbes. La charpente en bois est colorée, peinte en bleue et de divers motifs discrets et élégants.

            Bien plus loin, l’abbaye de Silvanes propose –presque au bout du monde, dans un espace reculé et arboré – un festival de musique sacrée. Les gérants de l’ancienne abbaye cistercienne demandent deux euros pour visiter le lieu sacré. L’orgue immense et moderne s’élève à l’arrière de l’entrée. Les colonnes présentent des chapiteaux aux motifs variés. Parfois, des traces de polychromie font discerner de fausses colonnes en trompe l’œil, peut-être de l’époque renaissance. En dessous des vitraux une statue de Vierge, abritant un enfant et un globe de domination, est de style ancien.  Mais la salle capitulaire est occupée par une chanteuse, le scriptorium par toute une foule d’apprentis yogis. La visite est pire que décevante ! Frustrante !

 

            Les paysages rencontrées lors du retour sur le plateau du Larzac sont variés, étranges : parfois verdoyants et d’autres fois steppiques, quasi lunaires… La bauxite, comme un épiderme rongé au sang, marque d’écarlate la terre. De rares tiges vertes constituent le faible pelage de cette terre. Sur les routes reliant les rares villages isolés, des écrits à la craie demande de l’eau pour le Larzac. Perchés, les villages se tassent maison contre maison, accentuant l’impression de solitude émanant des lieux.

            Verdoyante, la vallée des gorges du Tarn déroule ses méandres reposants, sereins. Les routes vertes sont étroites, dénuées de camions car les tunnels étroits et taillés dans le roc en un ovale irrégulier. Presque impossible de se croiser entre deux voitures, heureusement la circulation est très rare. Nous arrivons à Ambialet. Peu d’habitants, une belle centrale hydroélectrique ressemblant à un château renaissance, une vue sur le Tarn superbe. L’impression est superbe. Quelques marches d’un escalier à même le flanc des éminences et on aboutit à une église haut perchée. Une croix sculptée des deux côtés rongée par la pluie, le vent et le temps  jouxte l’église, hélas fermée. Un monument aux morts de la 1ère guerre mondiale énumère les nombreux enfants de la petite patrie morts pour la grande. De chaque côté de cette grande plaque deux autres de 1923. L’une plus dépouillée, l’autre revendiquant pour les morts le droit d’une commémoration religieuse : « Ceux qui sont morts pieusement pour la patrie ont le droit de reposer religieusement selon leurs désirs ».  Je ne suis pas sur de la formule finale, mais l’esprit est bien celui-ci.  Sur le promontoire de l’église le regard porte loin, de chaque côté. Le paysage s’étend, immense. L’ombre étend son obscurité sur les forêts noircies et les routes en lacets. L’autre bord s‘est  abandonné au souffle d’un vent léger, secouant légèrement les feuillages d’or lumineux et d’émeraudes étincelantes.  Le pont enjambant le Tarn relie un petit village s’étalant le long de la ligne des monts et l’hôtel de l’autre bord, puis des champs défilant le long de routes interminables, toutes en virages. Arrivé au point de vue, il faut se mettre debout sur le banc pour admirer, en dépit des broussailles abondantes, la pente des collines déclinant jusqu’à l’horizon parcellé de vert et d’or.  Sur une hauteur, une ferme, un village… Horizon broussailleux, éclatant de couleurs et de beauté.

            Pour quitter la vallée nous suivons le Tarn dans ses boucles, sa lumière verte affleurant des eaux paisibles. Remontant, nous trouvons un flot toujours plus abondant du fleuve, à chaque fois que nous dépassons un « petit » barrage hydroélectrique.

            De la modernité à l’aspect médiéval d’un château occitan, la distance est courte. Le village touristique de Brousse le château est paisible, malgré l’encombrement des voitures dans les rues. Le cours d’eau étale son onde avec quiétude, bordé de fleurs et de plantes d’eau. Au dessus de l’eau s’avance un pont pavé de pierres irrégulières. Au centre du v inversé et aplati s’élève une croix peinte sur lequel meurt le Christ. Parvenir au château demande de parcourir une pente de pierres pavant  des sentiers rudes. L’église est apaisante, malgré la proximité toujours inquiétante du cimetière.  Le château, perché au haut d’un monticule, déploie ses tours, en demi-gorge pour ne pas permettre à l’assaillant de prendre avantage de positions conquises. Des orifices servent d’archères pour les armes à feu, le trou rectiligne au-dessus de lui permet de viser. Des légendes sous forme de personnages en cire conte l’histoire de cette princesse kidnappée à six ans pour un mariage avec le châtelain, dans une autre tour a vécu un homme capturé pour le plus grand profit du seigneur. Il a vécu la captivité jusqu’à sa folie puis sa mort. Dans le logis du seigneur, le four est installé au dessous du pigeonnier, ceci donnant aux volatiles une agréable chaleur. Le puit dans le donjon permet d’éviter la soif lors de siège. Plus loin, la tour picard est peu élevée par rapport à ses légendaires 45 mètres. Il ne reste que peu de choses…

 

            La légende rencontre les souvenirs. Le retour est maintenant proche…  

Par Jean-Youri
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Mardi 14 mars 2006

 

J’évade… Jean-Va de …. Reims

      

Récit de voyage (février 2006)

 

             L’agrégation, triple épreuve de trois fois sept heures et une fois cinq heures… dix neuf heures en tout… se déroule dans un collège universitaire. Le plaisir du défi intellectuel se double d’une compétition physique.

             Attendre une demi-heure dans le froid que les portes soient ouvertes. Toilettes à l’étage, parfois cadenassée par crainte des dégradations causées par les collégiens. Ceux-ci hurlent dehors… Quel plaisir d’embêter des profs !

             Sur les tables trop petites il faut mettre copies doubles et feuilles de brouillons, règles normographes, crayons de couleurs, papier d’identité et convocation, stylos, et laisser la place pour les feuilles des sujets retournées. Mon en-cas est par terre, écrasé dans un bruit sec par un concurrent !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            Au sortir de la composition, le ventre nous tenaille, nous appelle… La moindre odeur est supplice et gourmandise. Les extrémités des doigts triangulaires à force de tenir stylos et crayons,  nous agitons nos poignets douloureux. Et maintenant il faut attendre.

 

 

 

 

 

 

            Le retour à la chambre d’hôtel réserve des joies : trottoir gelé, visages fermés des Rémois dans le froid vif piquant la chair. Dans l’hôtel les corridors se succèdent, il faut allumer la lumière avant de sortir dans un corridor à l’air libre. Chambre 23 : tout droit, dans le froid. Arrivé au bout : rien ! Je tourne, dans un recoin je devine l’escalier. Je le gravis. Au-delà de cette pente raide un petit palier et, dans un coin une porte blanche portant le n°3. Voisine un post-it indiquant : chambre 23.

             Dans la chambre d’hôtel, j’installe mes affaires de révision sur un lit, mon corps immense sur l’autre. Loin des bruits, une table et un halogène, je peux travailler, et, bizarrement, m’épanouir. 

             En échange d’une tentative de réparation de la télévision, Marie avait préparé mes affaires de toilette pour Reims, je me retrouve donc sans gant, ni produit douche ou champoing ! Je ris, sort, et achète tout cela avec des oranges maltaises dont l’odeur embaume ma « cellule » de travail. Leurs chairs sucrées me régale.

 

 

             Après l’épreuve de géographie : deux visites. La première consiste en celle de la médiathèque de la cathédrale et de son superbe fond. Qu’est-ce qu’on est bien dans une bibliothèque ! La seconde est la réalisation d’une promesse : « Si le sujet tombe sur l’Afrique, je me rends au restaurant luso-africain la Kitanda ». Cylène, la Cap-Verdienne qui tient ce restaurant me fait découvrir la cuisine de l’Afrique « portugaise » et me parle de ses voyages : Angola, Mozambique, Portugal, Toulouse ! Et bien sur Cap-Vert dont elle est native.

             Les compositions comportaient ces sujets intéressants mais parfois complexes. En histoire : « Mémoire et souvenirs de la "Grande Guerre" en Europe (1919-1940). La difficulté consistant à réaliser un plan doté de parties équilibrées. La seconde épreuve en géographie portait sur "Les littoraux de l'Afrique". La carte est à réaliser à main levée. Les candidats adverses ont commencé à écrire au bout de 10 minutes, il semble en effet qu'ils aient vus ce sujet en cours de leur préparation ! Dommage pour moi. La dernière épreuve de cinq heures oblige de lire entre une dizaine et une vingtaine de documents. Il faut les étudier rapidement, en extraire informations scientifiques, historiographiques et traitement pédagogique. Le temps est court…

             Après cette ultime épreuve, retour. Dans la voiture nous reprenons le chemin de Troyes en tentant où de deviner : mais où est la montagne de Reims ? 

             Une semaine de cours, la fatigue s’est incrustée dans mes os… la délivrance des vacances. Je me remets à Gérardmer dans de toutes autres conditions.

  

                        Jean-Youri

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Jean-Youri
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Mercredi 15 mars 2006

 

J’évade… Jean-Va de …. Gerardmer

 

 

 

             

Récit de voyage (mi février 2006)

 

 

 

 

 

            Autant j’ai dû défaire et remonter trois fois la chasse d’eau des toilettes de l’hôtel rémois une semaine auparavant, autant la chambre d’hôtel de Gerardmer est immense et luxueuse. Le lit devance les désirs de Cythérée par sa grandeur.  Dans la salle de bain : séchoir, double vasque, petits luxes quotidiens…

 

 

 

 

            Monts, habitations, tout est fondu dans une même volute blanche de neige. Nous sommes à Gerardmer dans les Vosges. L’hôtel abrite piscine, jacuzzi (de Zola) et même un sauna.

 

 

 

 

 

 

            La pension complète nous est assurée. Deux hôtels : un, luxueux,  pour le soir avec des repas comprenant un potage (duchesse du Berry…) puis un poisson, une viande, et enfin le choix entre fromage et un exquis dessert. Les nombreux couverts suscitent l’interrogation. Tous les soirs le repas change. Ce qui n’est pas le cas dans l’autre restaurant. Le repas reste identique sauf à prendre le menu du jour, bon et copieux bien sur. Le cadre aussi est différent.

 

 

            Le midi nous voit assis auprès du feu de la cheminée. Le décor cherche à imiter la rusticité convenant à un restaurant de terroir : meubles en bois massif, panneaux décorés, poutres apparentes… Sur les nappes tissées de carreaux rouges et de lignes vertes brillent couverts et carafe d’eau. Les grandes vitres laissent se déverser la lumière grise et blanche du ciel et de la neige. Posés sur un faux plafond, deux pantins de manège donnent leurs noms au restaurant : un grand coq et un âne.

 

 

            Au menu de solides plats du terroir : pâté lorrain et salade, ailes de raies concassées… clafoutis aux mirabelles…

 

 

 

 

 

 

            Nous nous reposons à Gérardmer où Marie souhaite skier comme d’autres partent à la chasse : sur les pistes du cerf, du loup, du lynx, du chevreuil, du renard, du sanglier et de ses nombreuses bosses. Semblable à une schtroumphette dans sa combinaison bleue, Marie est radieuse, heureuse, fatiguée.

 

 

            Dans Gerardmer même, nous sommes à la recherche d’un cadeau pour ma mère : la rare angélique. Cela nous permet de découvrir la ville. L’église aux briques presque mauve ; massive dans son corps, allongée dans son clocher. Elle est récente car l’ancienne a brûlée le 22 juin 1940 du fait des Allemands. L’intérieur est sombre sous de hautes voûtes. Les cartes postales la montre plus riante, illuminée les soirs de fêtes.

 

 

            Juste à côté de l’édifice, un digne monument aux morts, gris, dégagée de la neige, porte sur ses flancs comme dans toutes les villes de France le nom des martyrs de la liberté nationale.

 

 

            Nous reprenons la poursuite de notre visite de la ville et la poursuite de l’angélique. Magasins Wolfberger, de vins fins et d’eaux de vie ; maison de l’artisan offrant liqueur, saucissons de montagnes et jouets en bois ; maison de montagne proposant sa liqueur de mirabelle, son miel et ses fromages… nulle part d’angélique, partout des bonnes odeurs.

 

 

            Dans la ville blanche, la neige est propice aux batailles où les boules s’échangent et les rires fusent. Mais Marie, peu nerveuse, se laisse parfois viser sans beaucoup se défendre.

 

 

            Le manège de bois a vu de grands enfants demander « deux tickets pour adultes ». Récitant la formule magique de Marie Poppins « Escalidocious », nous chevauchons, et tournons, et passons et repassons dans les tours où nos chevaux de bois nous élèvent et nous abaissent alternativement.

 

 

 

 

            La musique du manège nous fait rire ou songer : macaréna, docteur Jivago… Marie hérite d’un surnom russe dans le froid qui nous assaille : Maroussa, petite Marie. Nous nous promenons en amoureux jusqu’au lac de Gérardmer. Marchons autour du lac, puis sur celui-ci, gelé. La neige et la glace nous entourent. Ici et là, des bonhommes de neige nous sourient et nous adressent des sourires surmontés d’une pomme de pin en guise de nez. Le coucou d’un bras maigre constitué d’une branche fine de bois nous accompagne un instant. Les chalets s’échelonnent, parfois proche et massif et de couleur rouge, parfois éloigné et s’étageant sur les hauteurs avoisinantes.

 

 

            Nous nous brûlons les lèvres en sirotant un chocolat chaud, riant, regardant le soir venir en prenant des teintes diverses. L’orangé strie le ciel de bandes horizontales, puis le blanc devient bleu et la neige semble resplendir comme du lapis lazuli.

 

 

            Nous rentrons, heureux, accolé l’un à l’autre comme de jeunes amoureux.    

 

 

           

 

 

            L’hôtel apporte le réconfort de sa chaleur…De Marie, beaucoup laisse supposer qu’elle est la réincarnation d’un poisson… mais des eaux tropicales.  Au sortir du sauna et de sa chaleur sèche le jacuzzi semble trop froid, elle préfère la bain bouillonnant de la piscine chauffée. Caldarium, frigidarium, tépidarium… Peut-être est-elle aussi l’incarnation d’une professeur de latin ?   

 

 

 

 

Par Jean-Youri
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Vendredi 24 mars 2006

 

J’évade… Jean-Va de …. Mirecourt

 

 

 

             

Récit de voyage (février 2006)

 

 

 

            Gerardmer est sans musées ! Les expositions des produits de la montagne et de la bibliothèque municipale ne peuvent en faire office.

 

            Nous rentrons à Troyes, quittant l’opulence de l’hôtel luxueux, les rideaux épais de notre chambre, les neiges recouvrant rues et cimes, et aussi les lumières du jour jouant sur les eaux du lac.

 

            Le volant glisse, tourne  dans mes mains. Je prends la direction de Mirecourt. Marie me sourit. Je lui ais tant demandé d’aller là.

 

             Mais quelle est donc cette ville ? A peine indiquée sur les panneaux, pas très grande. La voiture tourne dans les rues sans trouver le lieu cherché. Enfin, sur un parc de stationnement en terre, peu après un pont, se dresse un édifice nommé Musée de la Lutherie.

 

            Glorieuse capitale de la lutherie française, j’ai d’abord connu la ville par le livre de Jean DIWO Les violons du roi. Impatient, je pousse la porte, questionne. Nous pourrions croire que nous ne sommes qu trois : la femme passionnée à la billetterie, Marie et moi, mais ce serait sans compter avec les âmes des instruments… La femme nous guide à ma demande, nous confiant avec plaisir le secret des luthiers : aimer son métier. Au centre du musée se dresse un immense violoncelle de plusieurs mètres de haut évidé : nous pouvons pénétrer à l’intérieur, sonder l’écho de nos voix. Des écouteurs sont disponibles, diffusant la trille du diable de Tartini, les accords lent ou rapide composés par Vivaldi, s’envolant du violon de Kennedy, par autrui…

 

            Les archets superposés s’étirent  dans leurs corps de bois, une gaine de peau de lézard constituant le doigtier. Des crins de la queue de petits chevaux mâles donnant la corde de l’archet. Pourquoi mâle ? La femelle urine sur sa queue lors de la mise bas, donnant ainsi une mauvaise qualité au crin.

 

            Les différentes phases de la conception des instruments sont évoquées, dont la périlleuse pose de l’âme.

 

            Violons, guitares et mandolines s’offrent au regard, et non plus aux doigts, derrière l’abri de vitre transparente. Incrustés, ornés d’ivoire ou de bois précieux, de formes élégantes, la beauté des instruments incite à la contemplation et au désir d’écoute. Hélas, ils ne sont plus joués, ils ont cessé d’être vivants…

 

            Des panneaux, au rez-de-chaussée comme à l’étage, permet de découvrir les apprentis et élèves de Mirecourt, ainsi que les grandes familles de luthier de la ville d’autrefois et d’aujourd’hui.

 

            Le musée étant relativement petit, je conserverai un regret. N’avoir pu regarder, faute d’être exposé, un violon de François Médard, l’élève de Stradivarius à Crémone.

 

 

 

 

          Je place ici un article écrit pour un journal de lycéen présentant le livre de Jean Diwo, les violons du roi, J’ignore s’il a été publié.

 

 

DIWO, Jean ; Les violons du roi; Denoël folio, 1990; 476 pages.

 

 

 

 

 

 

         Le livre conte de façon très agréable la vie et la passion pour son métier d’Antonio Stradivari dit Stradivarius. Documenté, clair, le livre apaise soif de littérature et de savoir.

Histoire : depuis l’apprentissage dans l’atelier de Niccolo Amati à Crémone, jusqu’à sa mort au travail, et bien au-delà avec le destin de quelques uns (le « duc », le « messie »..) de ses violons, le livre raconte la recherche de perfection du luthier Stradivarius. Le livre conte aussi les destins du luthier lorrain François Médard, de Guarneri del Gésu (rapidement), de Vivaldi.

 

            Peut-on faire aimer la musique à travers le rythme des mots et des phrases ? Peut-on comprendre la passion de la musique à travers la fabrication de l’instrument musical, de la recherche de sa perfection ?

            La vie du plus grand luthier Antonio Stradivari dit Stradivarius, dans son quotidien passionnée, racontée par Jean Diwo, réussit cet exploit. Tout devient passionnant : depuis le choix du bois dans les lointaines forêts pour entendre les résonances de l’arbre, le travail de ce bois dans la camaraderie de l’atelier, les coups de rabots jusqu’au plus minuscule de ces derniers appelé « escargot », la recherche de la composition d’un vernis permettant de protéger le bois tout en laissant les sons se propager avec harmonie… Coffrage, pose de l’âme… L’artisan réalise une œuvre d’art tout en restant simple devant son métier, humble comme le sont les grands hommes.     

            L’artisan compare sensuellement son violon à une femme : hanches et tête, ouie… mais aussi âme qui donne aux notes leur force et leur émotion. Car la musique est émotion profonde : ainsi Antonio Vivaldi jouant pour Dieu comme nul n’arriva jamais à jouer, rêve donnant naissance à la « trille du diable » de Tartini…

            Ainsi, le livre explore plusieurs dimensions : artisanale et artistique, de l’Histoire aussi car les peurs liées aux guerres, au brigandage apparaissent et marquent les esprits et les chairs. Les vies et les histoires des hommes et des femmes, dans leurs amours et leur passion de la musique, s’agencent, se mêlent, se séparent. La vie du grand luthier traversant XVII et XVIII siècle semble commencer avec son apprentissage dans l’atelier des Amati à Crémone, puis tout en restant ans cette ville se dilater par le rayonnement de ses instruments : le lorrain François Médard se rend à Crémone pour perfectionner son art ; cardinaux, virtuoses, riches et influents, demandent ses instruments et parfois sa présence. Un seul se contentera de son seul instrument : Antonio Vivaldi, amoureux éperdu de Venise et la musique.

            Car de ce livre on peut aussi retenir les évocations des villes : Rome corrompue et sainte, Venise l’amoureuse et tentatrice, Crémone la sage consacrée à la lutherie par ses activités et ses hommes : Amati, Guarneri del Gesu, Stradivarius…  

    

 

                                     

 

 

 

 

 

 

 

Par Jean-Youri
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Samedi 8 avril 2006

             

             J'ai très longtemps hésité à mettre ce J'évade en ligne. En effet, il a un degré d'intimité intérieure plus intense. Cependant, les encouragements de mes amis très proches, les demandes multipliées pour savoir comment s'était déroulée la remise des prix à La Baume, et enfin la "rencontre" avec Charles Juliet m'ont incité à franchir le pas.

             De Charles Juliet - dont les écrits et la vie se rejoignent -, l'oeuvre et la réflexion m'ont incité a avoir le courage de parler de mon intériorité. Le but étant d'écrire non sur moi, mais sur le "vrai", le sentiment nu et fort face à l'instant et au monde. La quête intérieure se déploie à travers l'écriture. Cette optique, sans l'avoir formalisé avant de lire récemment les réflexions de Charles Juliet, je la pressentais et la vivais. Aujourd'hui, je tente de la retranscrire.

 

 

 

J’évade… Jean-Va de …. La Baume-les-Aix

 

Récit de voyage (mars 2006)

         Histoire de liberté et de joie

 

        Détresse dans le cœur lourd comme une ancre. Les mains pâles et vides, sans stylo ni plumes, crayons ou même clavier… la question me taraudait et me minait. Face aux commentaires dépréciatifs de mes œuvres, devais-je continuer à écrire ?

 

          Je ne comprenais rien aux reproches qui m’étaient fait : place de la troncature et de la demi-troncature dans une phrase, critique acerbe de l’emploi de la métaphore et du style poétique, accusation de choquer autrui en ne se limitant pas à sa seule expérience personnelle dans ses écrits, et donc déni de l’empathie et de l’universalité du poète, de son travail d’imagination et de création. J’avais perdu la joie de partager, et, comme pour éviter une blessure trop douloureuse, j’avais peur d’écrire.

 

 

 

 

 

 

            C’était peu avant les vacances. Le bureau, vide. Le clavier, muet. Mes doigts ne se hasardaient plus que pour rédiger des mails amicaux.

            Marie m’apporte une lettre. Je lui réponds de ce sourire triste qui trop souvent m’a accompagné ce temps là. Je reconnais, tout en ouvrant l’enveloppe, mon écriture sur le papier et le timbre figurant le coq du nouvel an chinois.

 

 

 

         Je lis et n’arrive plus à lire. Je tremble de joie. CES MOTS. Et mon cœur se met à battre jusqu’à rompre son ancrage de chair et repartir dans les rêves. Je vis. Je lis. J’écris à nouveau.

 

        Marie vient. Elle lit la lettre que je n’arrive plus à lire. Elle me confirme. J’ai obtenu le 1er prix du concours de nouvelle de La-Baume-les-Aix.

        C’est un signe : je peux partager. On peut aimer mes écrits. Je peux continuer…

  

 

 

 

           Quelques mois plus tard, nous partons en Provence. Ces deux jours nous écraserons de fatigue. Six voyages en train et cinq retards importants. Le TGV a une allure douce, alors que défile lentement derrière les vitres les volumes du sol effacés par la neige et au-dessus, le ciel unanimement blanc de nuages. 

          A chaque escale, Paris, Marseille, où nous logeons chez des amis ou la famille, on me félicite. Mais je ne recherche pas la gloire. C’est ce qui rend si difficile d’écrire ces souvenirs. Les compliments me gênent. Je recherche bien plus que le reflet imparfait d’une qualité d’écriture.

        Ma quête d’écrivain est l’amour. Amour de la beauté d’un texte à partager. Aucun écrivain ne peut POSSEDER la beauté d’un écrit. La beauté est un don. Don pour autrui et pour soi. Don multiplié par chaque lecture. Don accessible, et inépuisable tant qu’à chaque lecture une compréhension nouvelle peut-être ajoutée.

        L’écrit en lui-même peut-être triste ou gai. Qu’importe le sujet, et peut-être même le style, l’être vivant du texte c’est la qualité d’émotion émanant de celui-ci.

        J’ai beaucoup reçu en don à La Baume. Mon texte a été lu, et aimé.

 

 

           Aix-en-Provence. Ville dont il semble qu’on ait cloué le ciel bleu au dessus d’elle. Un bleu triomphant de l’hiver pourtant si proche dans ses neiges troyennes et lyonnaises.

        La lumière provençale détruit l’ombre et la tristesse. Les mouettes de Marseille tournent au dessus de l’autoroute du littoral. Les voitures pressées, serrées les unes contre les autres avancent sans règles ni plaisir. Puis… Aix-en-Provence.

        Nous effectuons une promenade rapide sur les lieux où a éclos notre amour conjugal : la longue enfilade de bâtiments et ensuite le cours Mirabeau. Une rue tournante. Les lieux sont habités de nos multiples souvenirs. Là, sur le banc, un mime au visage blanc. Ici. Plus loin… La vie et les souvenirs, le présent et le passé. Deux joies mêlées. Refaire les mêmes pas qu’autrefois, traquer doucement les sensations anciennes en en retrouvant les saveurs et les odeurs. Dix années se sont écoulées. C’était là la place de la boutique du Pin parasol, à la suite de ces si nombreuses librairies. Le même homme, la moustache en moins, nous confectionne sa crêpe au sucre. Celle qu’affectueusement nous avons surnommée crêpe Marie.

 

         Il est déjà temps de partir, de quitter les délices du passé pour goûter ceux du présent. Nous partons en avance, pas assez. La route n’est pas longue : elle est introuvable. Tour. Tours… Détours. Nous roulons sans arriver nulle part. Enfin : un panneau. Une route. Une belle bâtisse. J’allais trouver des sourires et aussi des regards connus. Ma mère était là, comme au couronnement de son rôle de mère.

       Je l’associe à la gloire de l’instant, car, si je donne de l’amour par mes écrits, c’est que j’en ais d’abord reçu.

 

 

 

        La demeure est imposante. Maison dévolue à la formation des Jésuites jusqu’à l’expulsion de ceux-ci  peu avant la révolution française, elle concilie harmonie et force, comme un réceptacle de la sagesse. Une légère pente mène à une entrée majestueuse mais simple. Un escalier se termine sur une enfilade de petites colonnes et une salle. C’est  là que se déroule le renouveau de mon accord avec moi-même. Je reconnus ma mère et son ami. Nous nous installâmes à leur côté.

         Les trois membres du jury se regardèrent… 

 

 

 

            J’ai envie de comparer cette cérémonie à un arc-en-ciel, avec ses multiples couleurs comme les différents moments de l’événement. Mais un arc-en-ciel aussi car c’est un symbole d’alliance, de confirmation, de présence en soi, d’invitation à suivre sa voie.

        La littéraire, le philosophe, le théologien. Tous trois parlèrent des nouvelles envoyées pour le concours ; de l’histoire et des caractéristiques de la nouvelle, de ses grands auteurs francophones ; puis du visage de Dieu rencontrée à travers les nouvelles.

        On nous distribue nos prix : les trois premières nouvelles reliées. Je reçu avec émotion ces feuillets fins déposés entre les deux pages bleues de couverture. Le lierre vert tacheté de blanc orne la brochure. Le titre est celui-même du concours. Le livret, dans son cœur, contient la nouvelle ; sur la première page est écrit mon nom, mon titre : « Qui regarde la beauté du ciel ? ».

        Un cadeau ne vaut que par la sincérité et l’amour de celui qui vous l’offre. Des jurés, une femme et deux hommes, je ressens encore la chaleur de leurs mains et l’éclat lumineux de leur regard.

        La compétition a été rude, je ne sais même pas si je me serais donné le 1er prix. Comme j’ai ri à la lecture de la seconde nouvelle ! Autant peut-être que j’ai tremblé à la lecture de mon texte. Premier lu comme on dirait « premier né ». Le cœur douloureux et rapide frappe ma poitrine, résonne comme un tambour de chair. Allitérations, assonances… Je n’avais rien épargné à ma lectrice potentielle. Merci. Les lettres ont acquis une vie sonore, et leurs échos retentissent encore… Ce silence qui accompagne la lecture. Merci à tous de leur écoute. Certaines qualités de silence sont des déclarations, des invitations, des récompenses.         

        On nous a demandé de parler après la lecture de chacune de nos nouvelles. Nous étions trois enseignants : institutrice à la retraite, quadra ou quinquagénaire grisonnant de lycée professionnel, j’étais le plus jeune. Mais étrangement, je n’enseignais pas le français.

        Nous nous sommes ensuite rendu dans une autre salle. Nous avons pu parler, nous écouter, rire, nous interroger. Il était bon d’être ensemble.        

         Avec le livret et la bise du juré féminin, j’avais reçu une enveloppe jaune sur laquelle était brodée feuille de lierre et petits fruits rouges. A l’intérieur se trouvaient des bons-cadeaux. A cela s’ajoutait le remboursement prévu de ce long voyage. Mais cela n’est que la plus petite chose que j’ai reçue, car justement ce sont de choses.

           Humainement, j’ai reçu des dons fort : l’invitation et le moment, les personnes qui m’entouraient et celles qui m’aimaient. La joie de partager, la fierté de ma mère et de mon épouse, la pensée de mes amis et le signe.

 

 

 

 

        Le signe que je pouvais, que je devais continuer.

 

        J’ai si longtemps cherché ma voie, ce qui, au sein du bénévolat, venant de moi, pourrait aller aux autres.

        Aujourd’hui je connais ma voie.

        J’ai beaucoup reçu avec ce soir à La Baume : une force pour vivre...

        Et deux piliers : pour construire et résister à la pluie du temps et de ses doutes, aux reproches infondés, violents comme la grêle, ces reproches qui confondent texte et écrivain, dénigrent et m’avait presque tué.  

         Deux piliers : pour abriter la vie de mes rêves, et les pégases des voyages imaginaires…

  

        Le bleu sombre de la nuit colore le ciel de Provence. Nous rentrons, fatigué, une lumière dans le cœur.

 

                Jean-Youri

   

 

                              

 

 

 

 

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Texte libre

 

Poème triste

 

 

 

 

 

J’ai gardé une larme

 

Pour le dernier jour de ma vie

 

Je ne l’ai pas versé aux cris de mes maîtres

 

 Ni lorsque ma jambe s’est brisée.

 

 

 

 

 

Elle n’a pas coulé aux moqueries

 

De mes camarades

 

Devant mes boucles blondes

 

Et mes joues d’enfant.

 

 

 

 

J’ai gardé cette larme

 

Malgré les gelures de l’hiver

 

 Et l’éloignement des amis.

 

 

 

 

J’ai conservé cette larme

 

Malgré mes lâchetés et mes regrets,

 

Mes soupirs d’enfants vendus au monde d’adulte.

 

 

 

 

Cette ultime larme,

 

Face à la mort de mon père

 

Je l’ai gardé, alors que j’ai versé toutes les autres…

 

 

 

 

 

Il ne me reste plus rien.

 

Mes rires se sont tus

 

Mes mains tremblent sans agir

 

Ma voix est devenue un long gémissement.

 

 

 

 

 

Il ne me reste que cette larme

 

Ce n’est pas une larme de peine ou de regret

 

 C’est une larme de joie

 

Qu’enfin tout soit fini

 

         Au soir de ma vie.

 

 

 

                   Jean-Youri

 

 

 

Texte libre

 

   

 

 D’autres poèmes,

 

 

 

                     Pour l’amour des êtres, des lettres.  

    

 

Aile

 

 

 

 

        Comme une hirondelle

       Qui nous annonce le printemps

 

 

         De ses ritournelles

        Et de son ventre blanc

 

 

 

 

 

        Vole... une lumière d’argent

        Et son chant de joie, étincelant.

 

 

 

 

 

 

Encre de Chine

 

       Le trait s’allonge tel un cil

 

        Les traits se succèdent, sont  chevelure…

  

        Là, bouche ronde. Là, yeux durs.

        Le volume prend forme gracile.

 

 

 

       Sur la feuille de riz l’encre de Chine

 

 

        Peint village, sentier et oiseau,

        Une lune ronde contemplant l’eau

        Et la joie des hommes nommée vigne.

       

 

 

 Encre

 

        Ombre noire, tordue en lianes

        Entortillées, enroulées sous le stylet

        En boucles, barres et lacets

        Comme des volutes d’opiomanes.

       Rêves brûlés, que l’on fait encre

        Ou poison des amoureux.

        Tracés où se complaisent l’âme et les yeux

        Donnant l’amour, la mort et le sacre.

 

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Emporté

 

 

 

 

 

       Déception et colère

        Comme deux vents amers.

        Lorsque, le temps d’un message,

        L’autre laisse éclater sa rage.

 

 

 

 

       Où est la folie ?

        Celui qui hurle,

        Tempête et bouscule ?

        Où celui qui, calme, lit ?

 

                Jean-Youri

 

 

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