Le plaisir d'écrire c'est la joie de partager
Train hivernal
Par les vitraux où le gel dessine des anges et des étoiles
L’enfant regarde les rives, ces quais où ne bat aucune voile
Puis, le destin parallèle des rails emporte l’enfant
Dans des bruits de géant hoquetant.
Le sol est glacé comme une patinoire
Le train se reflète : ombre sur ce grand miroir ;
L’enfant pleure dans l’absence de silence
L’abandon de son enfance.
La puissance métallique, électrique
Joue, roule des mécaniques…
Mais comment pourrait consoler un train
Rivé, cloué comme un Christ, à son destin ?
Matin. La station approche. La décélération, l’arrêt temporaire…
Le ventre de fer hurle en se frottant aux rails
Passagers en foule qui débarquent, cherchent, braillent.
Tous se pressent, s’enfuient, bagages soudés à la chair.
L’enfant reprend son départ. Le contrôleur passe.
Puis d’autres voyageurs s’engloutissent dans les sièges
Ils frappent leurs mains l’une contre l’autre, chassant la neige.
Tambourinent des pieds, prennent toute la place.
L’enfant et le train continuent leur voyage
Le train se souvient des cieux limpides et des orages
L’enfant du soleil brûlant et des nuages
Et de ne pas vouloir changer d’âge.
Mais le train dévale le temps et les distances
L’enfant vieillit, rejoint l’hiver
Chaque arrêt du train, chaque anniversaire
Tue son restant d’enfance.
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Poème triste
J’ai gardé une larme
Pour le dernier jour de ma vie
Je ne l’ai pas versé aux cris de mes maîtres
Ni lorsque ma jambe s’est brisée.
Elle n’a pas coulé aux moqueries
De mes camarades
Devant mes boucles blondes
Et mes joues d’enfant.
J’ai gardé cette larme
Malgré les gelures de l’hiver
Et l’éloignement des amis.
J’ai conservé cette larme
Malgré mes lâchetés et mes regrets,
Mes soupirs d’enfants vendus au monde d’adulte.
Cette ultime larme,
Face à la mort de mon père
Je l’ai gardé, alors que j’ai versé toutes les autres…
Il ne me reste plus rien.
Mes rires se sont tus
Mes mains tremblent sans agir
Ma voix est devenue un long gémissement.
Il ne me reste que cette larme
Ce n’est pas une larme de peine ou de regret
C’est une larme de joie
Qu’enfin tout soit fini
Au soir de ma vie.
Jean-Youri

D’autres poèmes,
Pour l’amour des êtres, des lettres.
Aile
Comme une hirondelle
Qui nous annonce le printemps
De ses ritournelles
Et de son ventre blanc
Vole... une lumière d’argent
Et son chant de joie, étincelant.

Encre de Chine
Le trait s’allonge tel un cil
Les traits se succèdent, sont chevelure…
Là, bouche ronde. Là, yeux durs.
Le volume prend forme gracile.
Sur la feuille de riz l’encre de Chine
Peint village, sentier et oiseau,
Une lune ronde contemplant l’eau
Et la joie des hommes nommée vigne.

Encre
Ombre noire, tordue en lianes
Entortillées, enroulées sous le stylet
En boucles, barres et lacets
Comme des volutes d’opiomanes.
Rêves brûlés, que l’on fait encre
Ou poison des amoureux.
Tracés où se complaisent l’âme et les yeux
Donnant l’amour, la mort et le sacre.
Emporté
Déception et colère
Comme deux vents amers.
Lorsque, le temps d’un message,
L’autre laisse éclater sa rage.
Où est la folie ?
Celui qui hurle,
Tempête et bouscule ?
Où celui qui, calme, lit ?
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