Lundi 16 octobre 2006 1 16 /10 /2006 00:48

 

Troyes 2 : Salon du livre de la jeunesse

 

 

         Celui qui n’aimait pas écrire… tel est le titre du second ouvrage autobiographique de  l’un des auteurs exposé au salon du livre, Mickael Ollivier. Entre son enfance et son âge d’homme, quelle différence ! De même, quelle différence avec la foule empressée de jeunes et d’adultes dans l’espace Argence, où livres et hommes se disputent la place.

 

 

         En ce lieu de plaisir et de découverte, nombreuses sont les tentations : livres aux dessins doux et joyeux, vifs et colorés ; ouvrages d’érudition mais expliqués avec simplicité ; bandes dessinés ; classiques aimés comme la Jeune fille à la perle, 1984… Mes mains se hasardent, mes yeux dévorent.

 

         Un exemple de petit bijou illustré : La soupe aux cailloux, le conte connu dans tout le folklore européen est transposé dans le monde chinois. Les graphismes sont de toute beauté, et chaque détail est le fruit d’une recherche (le jaune couleur réservé à l’empereur, les instruments de musique des trois moines zen…). L’histoire est simple : comment unir un village soumis aux égoïsmes particuliers, en confectionnant une soupe dont l’ingrédient est trois cailloux…

 

 

         Le Salon du livre de la jeunesse de Troyes est désormais le deuxième en importance après Montreuil dans la région parisienne. Ce succès est mérité par le nombre d’activités proposées, d’auteurs (Claude Clément, Pierre Coran, Pef, Tibet, Jean-Paul Nozière, Thomas Scotto, et cetera)…

 

         Dans l’espace Argence, à côté de la Médiathèque de l’Agglomération Troyenne (prix d’architecture), se déroule le salon. Le long bâtiment abrite au rez-de-chaussée les rayonnages chargés d’innombrables livres suivi par un prolongement en toile où d’innombrables BD et ouvrages sont installés. Dans le bâtiment en dur, d’immenses panneaux colorés retenus au plafond par de fins fils résistants permettent de trouver là le stand religion, ici d’autres catégories.

 

         Au-delà des ouvertures pour les entrées et la sortie, se trouvent les espaces d’achats. Les queues d’enfants, d’adolescents et d’adultes s’agrémentent des cris excités, de brouhahas de conversation, des lecteurs silencieux aux bras chargés - jusqu’à l’exploit sportif - de livres.

 

         Puis, comme autant d’îlots à découvrir, de rayonnages de bois où passants et lecteurs viennent ou s’arrêtent. De chaque côté, longeant les murs, diverses activités sont proposés aux enfants. Que se trouve-t-il dans la caravane blanche aux tâches rouges en forme de nuages ? Et dans ces cabanes de plage toutes accolées les unes aux autres ? Le mystère est moins grand pour cette tente en toile où les enfants entendent un conteur. Plus haut, à l’étage, se trouvent encore des salles d’exposition, des ateliers de contes mais aussi des ateliers pour adulte comme l’atelier reliure.

 

         Au milieu de l’immense salle des abris circulaires accueillent les auteurs et illustrateurs de nombreux livres. Cette année, le choix était exceptionnel.

 

         Pour le 20ième salon du livre, l’édition était sans doute la plus belle et la plus complète depuis le festival de l’année de la Chine où dragons danseurs, pratiquants d’arts martiaux, calligraphes aux superbes dédicaces, ateliers où j’ai appris un rudiment de chinois, etc… m’avaient comblé de joie.

 

 

         Un petit mot sur les ateliers avec l’exemple de M. Cocquet qui nous a expliqué le procédé de la reliure. Cet homme aux cheveux blancs montre une force insoupçonnée lorsqu’il s’agit de retourner un des lourds instruments de bois servant à la reliure…

 

         Voyant mon intérêt pour les instruments à peine arrivé dans la salle située au premier étage, il commença son explication qui lui attira bientôt un auditoire plus conséquent. Il montra le livre à la reliure inutilisable, puis, des livrets de feuilles attachées ensemble. Il nous fit remarquer le numéro sur le cahier de feuillets, nous expliquant que ce numéro correspondait à celui des cahiers à disposer dans l’ordre avant de les relier ensemble.

 

         Les opérations sont dans l’ordre : arracher l’ancienne reliure. Opérer un grecquage (couper des incisions) dans les feuillets, puis mettre ces feuillets dans le cousoir. Cette machine en bois permet de faire passer une aiguille (qui ne perce pas pour éviter les trous dans les pages lors du retour (à l’aveugle) de cette aiguille) et son long fil à la grosseur inversement proportionnel à celle du cahier. Les feuillets sont ainsi à nouveau reliés. L’étape suivante est l’encollage, c’est-à-dire le trempage du dos des feuillets dans de la colle pour qu’ils ne puissent plus bouger. Les pages sont ensuite mises dans un instrument où, fortement serrées et maintenues, les feuilles sont rabotées au millimètre près de façon à ce qu’elles soient collectivement droites et de même dimension.

 

         M. Cocquet nous montre les différentes qualités de couverture : toile, matériau synthétique à la ressemblance du cuir, et enfin le plus noble des matières : la peau animale. Il nous explique ensuite comment il met un « dos » au livre, montrant les fils collés en « pattes d’araignées » avant de recouvrir cela d’un cache en papier blanc. Les tranchefiles (appelés parfois corsaires) sont ces fils qui maintiennent les livrets assemblés. La couverture en papier ou en peau vient ensuite, accordée au livre pour la couleur, les motifs… Il reste encore du travail pour mettre le titre, et parvenir à un bel ouvrage.

 

 

         L’importance de ce salon du livre amène des visiteurs de Troyes, de l’Aube, et même du Sud de la France (Susie Morgenstein venant de Nice, bien que d’origine américaine), et même de l’étranger (John Howe s’est déplacé depuis la Suisse)… Les files de personnes attendant pour telle ou telle dédicace s’allongeaient ou disparaissaient selon les horaires de dédicace.

 

         Ma petite sœur, venue spécialement depuis pour l’occasion devant les noms et le nombre d’invités de qualité, a une nouvelle fois allégé son compte en banque d’un montant secret. L’astuce pour ne pas dépenser plus à chaque nouveau salon ? N’acheter que ce qu’elle arrive à porter dans les bras ! Et cela fonctionne J Sa maison, léchée par les embruns océaniques, est peuplée des amis livres de haut en bas. Sur les étagères des triples rangées de livres, BD, mangas, magazines… Quelle est accueillante et intéressante cette maison ! Aujourd’hui, tant et tant de ses livres sont dédicacés… L’âme du livre s’illumine d’un nouveau sourire en forme de signature.

 

           J’ai pris plaisir à l’imiter. D’abord avec le magnifique conte de Gérard Montcomble : Sa Majesté de Nulle Part, illustré par Andreï Arinouchkine ; L’auteur, barbu grisonnant, des lunettes sur son nez, est d’une jovialité complice avec ses lecteurs. Ce fut un grand plaisir de le rencontrer. Sa dédicace, marqué du sceau de la poésie, m’égaye « dans la nuit noire, entre deux flocons de rêves ». Merci M. Montcomble. Odile Weurlesse, auteur de livres pour la jeunesse très bien écrit et documenté, mêlant histoire et aventures, me reçoit avec un grand sourire. Nous discutons et je lui demande une dédicace pour ses deux meilleurs ouvrages (à mon goût) : Le serment des catacombes et Le messager d’Athènes que j’aurais plaisir à offrir à mon neveu et à ma nièce bien qu’ils soient encore jeunes… Entre toutes les files, il est une file immense, puissante, chargée de passionnés qui insistent et persistent, malgré le retard de l’auteur. On l’attend, dans un frémissement…. John Howe, l’illustrateur de Tolkien, conseiller de Peter Jackson durant un an et demi pour la série de films le Seigneur des anneaux. J’ai apporté avec moi Sur les Terres de Tolkien.  Cet ouvrage rassemble les illustrations exposées à la MAT le vendredi 4 octobre 2002. Là, j’avais acheté ma lithographie d’Orthanc en ruine. Et, depuis aujourd’hui, sur mon livre trône un Gandalf magnifique et complice…

 

 

          Jean-Youri         

 

   

 

 

 

Par Jean-Youri - Publié dans : Troyes
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

magnifique article ; j'ai eu plaisir à déambuler dans les allées de ce salon avec toi.
Commentaire n°1 posté par Maroussa le 16/10/2006 à 08h46

Le plaisir est partagé. Vivre, lire, aimer : trois formules magiques pour créer le bonheur

:-))

     Bizz

             Jean-Youri

Réponse de Jean-Youri le 05/11/2006 à 11h49

Il existe un classique enfantin qui reprend ce thème en le détournant : Une Soupe Au Caillou d'Anaïs VAUGELADE; ou l'histoire d'un fin renard qui met un village en coupe réglée pour se faire nourrir.

Commentaire n°2 posté par AgnÚs le 16/10/2006 à 10h31

Merci Agnès de ton indication. La soupe aux cailloux est un classique ouvrant à la fois l'imagination et le coeur : un apprentissage de la générosité et de la malice. En même temps, l'histoire interpelle l'enfant en nous : jouer avec des cailloux, les imaginer comestibles... Tout cela est une part d'enfance et de féerie.

   Bizz

         Jean-Youri

Réponse de Jean-Youri le 05/11/2006 à 11h53
Très bel article, plaisir de te lire comme journaliste inspiré mais toujours très sélectif.
J'ajouterai juste qu'il y avait tant de grands auteurs que l'on ne savait plus où donner de la tête, qu'en outre Gérard Moncomble ne devait pas être prédent dimanche et c'est avec délectation qu'il était revenu pour une 4è journée de dédicaces et de discussion avec ses lecteurs.
Encore un ravissement devant la qualité et le choix, devant aussi la disponibilité des auteurs avec leurs lecteurs, surtout si vous passez à Troyes mi-octobre, n'hésitez pas à faire découvrir le salon à vos enfants, même ceux qui n'aiment pas lire : c'est gratuit, merveilleux, poétique et magique.
Commentaire n°3 posté par toffie le 21/10/2006 à 16h01

 

Coucou la Toff,

     on fait toujours d'excellentes rencontres au salon du livre pour la jeunesse : Gerard Montcomble, Maroussa, clair d'étoile, la Toff, John Howe... ;-)

     Le plaisir de rencontrer ceux dont les écrits nous font rêver se double du plaisir de partager ces moments. Les dédicaces sont autant d'étoiles guidant vers d'autres chemins du rêve et de l'imagination. A vivre et à faire vivre...

      Bizz

                 Jean-Youri :-))

Réponse de Jean-Youri le 05/11/2006 à 11h57

Présentation

Recherche

Texte Libre

Calendrier

Janvier 2010
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés