Troyes : concert d’orgue à la cathédrale saint-Pierre saint-Paul.
Le ciel de ma vie s’est assombri ; les orages comme les épreuves se succèdent. De cette noirceur surgissent parfois quelques instants de bonheur : la lecture, la musique…
Vendredi, après une nouvelle journée pourrie, le corps est fatigué mais l’envie de rire et d’être heureux ne me quitte pas. Il faut aimer la vie pour que celle-ci vous aime… Le soir est noir comme un café fort. Touche incongrue : les lumières roses issues de petits projecteurs encadrant un bord du parvis de la cathédrale. Je dépasse cette rose de nuit pour observer ces sculptures où l’obscurité et les projecteurs pâles accusent les contrastes : le gothique flamboyant assemble les personnages à l’entrée de la cathédrale saint-Pierre saint-Paul. Peut-être une danse précédant notre concert ?
A l’intérieur, sombre, des hommes en costume sombre. Des auditeurs tout comme moi. Je vais dans la nef, regardant avec des yeux d’enfants les piliers et les pilastres, les voûtes et les croisées d’ogives. La lumière remonte les hauteurs des pierres grises. L’autel sur lequel un drap blanc immaculé est posé semble veiller, attendant d’autres cérémonies. D’immenses cierges de cire jaune posés plus loin s’élèvent dans une majesté solitaire.
Les auditeurs prennent place, plus âgés que moi pour l’écrasante majorité. J’ouvre les yeux sur l’orgue immense, illuminé. Je rêve, laisse mon esprit flotter : les fûts des colonnes et les tuyaux d’orgue ; piliers, pilastres ; tuyaux massifs et d’autres, voisins, bien plus fins. Les statues de bois de l‘instrument nimbées de lumière ; les tableaux de couleurs assombries et les statues de saints en pierre. Mon regard circule, ne s’arrête pas : une cathédrale c’est un pont vers l’infini.
Une voix grave, posée… Puis les notes. Chaque note comme un pas sur ce pont menant au Ciel.
Les cantates de Jean-Sébastien Bach, suivi par les œuvres de son fils Carl Philip Emmanuel Bach. De rares pièces de Beethoven… Des menuets, des cantates ; le sacré et le profane s’enlacent dans cette musique datant de l’époque de Maurice de Saxe.
Un bavard à voix de basse est hélas proche de moi. Les accords les plus doux sont parfois écrasés par cette intrusion parlée dans l’instrumental. Aux autres moments je ferme les yeux, mes mains entraînées malgré moi accompagnant les plages musicales. Mes paupières se rouvrant pour voir les colonnes longues s’élever et les pilastres accolés comme autant de mouvements ascensionnels accompagnant la musique. L’Aria de Bach, si solennel, si léger ; si doux et pourtant si puissant, est le meilleur moment de cette soirée.
Je ressors. Le musicien longuement applaudi et bissé. Le cœur enfin en paix dans la paix de la nuit froide.
Jean-Youri
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