Le plaisir d'écrire c'est la joie de partager
Pourquoi le mal ? La question n’a peut-être pas de réponse, à moins que faire le bien ne soit une réponse ?
Pour Socrate, le mal provient de l’ignorance. Peut-être est-ce le cas lorsqu’on laisse se perpétrer une situation difficile, dont on pourrait, au moins partiellement, apporter la solution ou une atténuation des souffrances. L’homme qui connaît le bien, comment pourrait-il choisir de faire ou de laisser souffrir son prochain ? La pensée est noble et belle. Une histoire peut l’illustrer :
Un homme aveugle mendiait. La foule passait devant lui, sans un mot ni une piécette. Un poète surréaliste passa devant lui. Indigné de l'indifférence des gens il composa un petit texte et le posa devant l'aveugle.
A partir de ce jour, les gens furent généreux avec lui, lui montrant de l'amitié et une grande bienveillance. Lorsque le poète repassa, l'aveugle l'interpella. « Qu'avez-vous écrit pour que tous changent ainsi? » Et le poète lu sa phrase pour l'aveugle :
« Demain le printemps viendra
Et je ne le verrai pas »
La beauté du monde interpelle nos coeurs. En cela il est deux façon d'être aveugle : par les yeux ou par l'indifférence...
Cependant, une fois la lumière de la beauté/bonté parvenue à nos yeux et à nos cœurs, pourquoi le choix d’individus persiste-t-il à être celui du mal ?
« Les haineux et les méchants nuisent en premier chef à eux-mêmes ».
La phrase est à méditer. La blessure infligée à l'autre dans un acte volontaire, à quel point n'est-ce pas le meurtre de sa propre conscience, l'abandon de la confiance en l'autre sur laquelle on peut fonder amitié et relations, et aussi... ?
La souffrance et la relation à autrui... J'ai traité ce thème dans mon article Papillon Tchouang Tseu... Tous ont droit au bonheur, de façon universelle. Le critère permettant de mesurer le mal c’est la souffrance inutile (différente donc de celle du médicament douloureux imposé par le médecin).
Que pourrait-il être rajouté ? Le philosophe E. Lévinas a traité du visage. Il indiquait que le visage c'est la rencontre avec l'autre mais aussi la reconnaissance de sa propre humanité. Et pourtant, le choix a été fait par les nazis de brutaliser ces visages et de leur dénier leur condition d'hommes. Pourtant reconnaître la souffrance de l'autre, c'est aussi être interpellé dans la sienne : celle que l'on a vécu autrefois, celle que l'on est appelé à vivre peut-être dans le présent ou le futur.
« Si l'on ne prend pas en considération les sentiments et la souffrance d'autrui on n'a aucun moyen de faire la part du bien et du mal. »
Dalaï-Lama, essence de la sagesse
La dignité profonde de l'homme est d'agir pour le bien d'autrui. La difficulté, même pour l'homme désireux d'agir ainsi, est de reconnaître le bien du mal. La part de souffrance dans chaque coeur peut nous aider à comprendre comment agir. C'est ce que j'appelle la compassion : souffrir avec autrui, par amour d'autrui.
L’évolution de l’humanité n’est pas seulement une évolution physique, mais aussi psychique et spirituelle. Les préhistoriens ont retrouvé des os des hommes anciens. Ceux-ci étaient parfois brisés de telles façons qu’ils ne pouvaient marcher. Cependant, leur mort est éloigné de plusieurs années de leur incapacité à marcher. Cela veut dire que les compagnons de cet individu l’ont porté, l’ont nourri, l’ont respecté et sans doute aimé au point d’accepter de partager sa souffrance et son handicap, et ceci dans un univers où la survie était bien plus menacée ! Ce qui fait de nous un être humain n’est pas notre capacité à détruire ou à dominer, mais notre compassion.
Jean-Youri
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Poème triste
J’ai gardé une larme
Pour le dernier jour de ma vie
Je ne l’ai pas versé aux cris de mes maîtres
Ni lorsque ma jambe s’est brisée.
Elle n’a pas coulé aux moqueries
De mes camarades
Devant mes boucles blondes
Et mes joues d’enfant.
J’ai gardé cette larme
Malgré les gelures de l’hiver
Et l’éloignement des amis.
J’ai conservé cette larme
Malgré mes lâchetés et mes regrets,
Mes soupirs d’enfants vendus au monde d’adulte.
Cette ultime larme,
Face à la mort de mon père
Je l’ai gardé, alors que j’ai versé toutes les autres…
Il ne me reste plus rien.
Mes rires se sont tus
Mes mains tremblent sans agir
Ma voix est devenue un long gémissement.
Il ne me reste que cette larme
Ce n’est pas une larme de peine ou de regret
C’est une larme de joie
Qu’enfin tout soit fini
Au soir de ma vie.
Jean-Youri

D’autres poèmes,
Pour l’amour des êtres, des lettres.
Aile
Comme une hirondelle
Qui nous annonce le printemps
De ses ritournelles
Et de son ventre blanc
Vole... une lumière d’argent
Et son chant de joie, étincelant.

Encre de Chine
Le trait s’allonge tel un cil
Les traits se succèdent, sont chevelure…
Là, bouche ronde. Là, yeux durs.
Le volume prend forme gracile.
Sur la feuille de riz l’encre de Chine
Peint village, sentier et oiseau,
Une lune ronde contemplant l’eau
Et la joie des hommes nommée vigne.

Encre
Ombre noire, tordue en lianes
Entortillées, enroulées sous le stylet
En boucles, barres et lacets
Comme des volutes d’opiomanes.
Rêves brûlés, que l’on fait encre
Ou poison des amoureux.
Tracés où se complaisent l’âme et les yeux
Donnant l’amour, la mort et le sacre.
Emporté
Déception et colère
Comme deux vents amers.
Lorsque, le temps d’un message,
L’autre laisse éclater sa rage.
Où est la folie ?
Celui qui hurle,
Tempête et bouscule ?
Où celui qui, calme, lit ?
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