Vendredi 28 avril 2006

            Pourquoi le mal ? La question n’a peut-être pas de réponse, à moins que faire le bien ne soit une réponse ? 

 

            Pour Socrate, le mal provient de l’ignorance. Peut-être est-ce le cas lorsqu’on laisse se perpétrer une situation difficile, dont on pourrait, au moins partiellement, apporter la solution ou une atténuation des souffrances. L’homme qui connaît le bien, comment pourrait-il choisir de faire ou de laisser souffrir son prochain ? La pensée est noble et belle. Une histoire peut l’illustrer :

 

            Un homme aveugle mendiait. La foule passait devant lui, sans un mot ni une piécette. Un poète surréaliste passa devant lui. Indigné de l'indifférence des gens il composa un petit texte et le posa devant l'aveugle.

 

            A partir de ce jour, les gens furent généreux avec lui, lui montrant de l'amitié et une grande bienveillance. Lorsque le poète repassa, l'aveugle l'interpella. « Qu'avez-vous écrit pour que tous changent ainsi? » Et le poète lu sa phrase pour l'aveugle :

 

                        « Demain le printemps viendra

 

                        Et je ne le verrai pas »

 

La beauté du monde interpelle nos coeurs. En cela il est deux façon d'être aveugle : par les yeux ou par l'indifférence...

 

 

                                                      

 

 

            Cependant, une fois la lumière de la beauté/bonté parvenue à nos yeux et à nos cœurs, pourquoi le choix d’individus persiste-t-il à être celui du mal ?

 

 « Les haineux et les méchants nuisent en premier chef à eux-mêmes ».

 

            La phrase est à méditer. La blessure infligée à l'autre dans un acte volontaire, à quel point n'est-ce pas le meurtre de sa propre conscience, l'abandon de la confiance en l'autre sur laquelle on peut fonder amitié et relations, et aussi... ? 

 

 

            La souffrance et la relation à autrui... J'ai traité ce thème dans mon article Papillon Tchouang Tseu... Tous ont droit au bonheur, de façon universelle. Le critère permettant de mesurer le mal c’est la souffrance inutile (différente donc de celle du médicament douloureux imposé par le médecin).

            Que pourrait-il être rajouté ? Le philosophe E. Lévinas a traité du visage. Il indiquait que le visage c'est la rencontre avec l'autre mais aussi la reconnaissance de sa propre humanité. Et pourtant, le choix a été fait par les nazis de brutaliser ces visages et de leur dénier leur condition d'hommes. Pourtant reconnaître la souffrance de l'autre, c'est aussi être interpellé dans la sienne : celle que l'on a vécu autrefois, celle que l'on est appelé à vivre peut-être dans le présent ou le futur.

 

 

« Si l'on ne prend pas en considération les sentiments et la souffrance d'autrui on n'a aucun moyen de faire la part du bien et du mal. »

 

                                   Dalaï-Lama, essence de la sagesse

 

            La dignité profonde de l'homme est d'agir pour le bien d'autrui. La difficulté, même pour l'homme désireux d'agir ainsi, est de reconnaître le bien du mal. La part de souffrance dans chaque coeur peut nous aider à comprendre comment agir. C'est ce que j'appelle la compassion : souffrir avec autrui, par amour d'autrui.

 

             L’évolution de l’humanité n’est pas seulement une évolution physique, mais aussi psychique et spirituelle. Les préhistoriens ont retrouvé des os des hommes anciens. Ceux-ci étaient parfois brisés de telles façons qu’ils ne pouvaient marcher. Cependant, leur mort est éloigné de plusieurs années de leur incapacité à marcher. Cela veut dire que les compagnons de cet individu l’ont porté, l’ont nourri, l’ont respecté et sans doute aimé au point d’accepter de partager sa souffrance et son handicap, et ceci dans un univers où la survie était bien plus menacée ! Ce qui fait de nous un être humain n’est pas notre capacité à détruire ou à dominer, mais notre compassion.  

 

                                                      Jean-Youri

Par Jean-Youri - Publié dans : Sagesse et pensées
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Commentaires

Bonjour


Le mot compassion est un mot tres difficile pour nous europeens a definir ...


nous n'existons pas sans l'autre ..


Gérard

Commentaire n°1 posté par Gerard le 01/05/2006 à 15h15

 

Souffrir avec... La notion est à l'essence du christianisme propagé en Occident. Mais en cet âge de fer, n'a t-elle pas été oubliée ?

Mais même si beaucoup ne savent plus la définir, l'important est de l'éveiller, de l'éprouver.

Amicalement

Jean-Youri 

Réponse de Jean-Youri le 01/05/2006 à 15h59

Moi cette idée de compassion est le moteur de ma vie, merci Jean.


Tu peux te servir chez moi sans problème!


peux tu m'aider à me faire connaitre stp ? je viens de démarrer et un peu de mal à faire ma pub , j'en ferai de même pour toi si tu le souhaites.


j'attends ta réponse


biz

Commentaire n°2 posté par LIZAINE le 01/05/2006 à 19h10

 

Chacun des sourires sur ton blog est la plus belle des publicités que tu puisses te donner. :))) Je pense à ta serie sur Regard.

Voilà c'est fait :))) Et ne me mets en lien que si tu m'en estimes digne :)))

Bizz

Jean-Youri

Réponse de Jean-Youri le 01/05/2006 à 20h16

Bonjour


Le mot compassion est un mot tres difficile pour nous europeens a definir ...


nous n'existons pas sans l'autre ..


Gérard

Commentaire n°3 posté par Gerard le 02/05/2006 à 01h43
La compassion est l'essence même de la vie. Une vie belle d'Amour pour l'autre, de partage, de don de soi.
Etre là pour l'autre sans arrière pensée (je lui donne quelque chose, un jour ce sera à lui), non ça n'est pas comme cela qu'il faut le concevoir. Donner, c'est tout simplement pour donner, parce que l'autre c'est soi, sa souffrance, sa mélancolie, son désespoir c'est aussi le nôtre mais aussi ses joies, ses rires, son humanité sont nôtre.

Et pourtant, tant d'hommes sur cette terre bafouent tout cela sans scrupule aucun

Sissi
Commentaire n°4 posté par Sissipaillette le 25/05/2006 à 20h27

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Texte libre

 

Poème triste

 

 

 

 

 

J’ai gardé une larme

 

Pour le dernier jour de ma vie

 

Je ne l’ai pas versé aux cris de mes maîtres

 

 Ni lorsque ma jambe s’est brisée.

 

 

 

 

 

Elle n’a pas coulé aux moqueries

 

De mes camarades

 

Devant mes boucles blondes

 

Et mes joues d’enfant.

 

 

 

 

J’ai gardé cette larme

 

Malgré les gelures de l’hiver

 

 Et l’éloignement des amis.

 

 

 

 

J’ai conservé cette larme

 

Malgré mes lâchetés et mes regrets,

 

Mes soupirs d’enfants vendus au monde d’adulte.

 

 

 

 

Cette ultime larme,

 

Face à la mort de mon père

 

Je l’ai gardé, alors que j’ai versé toutes les autres…

 

 

 

 

 

Il ne me reste plus rien.

 

Mes rires se sont tus

 

Mes mains tremblent sans agir

 

Ma voix est devenue un long gémissement.

 

 

 

 

 

Il ne me reste que cette larme

 

Ce n’est pas une larme de peine ou de regret

 

 C’est une larme de joie

 

Qu’enfin tout soit fini

 

         Au soir de ma vie.

 

 

 

                   Jean-Youri

 

 

 

Texte libre

 

   

 

 D’autres poèmes,

 

 

 

                     Pour l’amour des êtres, des lettres.  

    

 

Aile

 

 

 

 

        Comme une hirondelle

       Qui nous annonce le printemps

 

 

         De ses ritournelles

        Et de son ventre blanc

 

 

 

 

 

        Vole... une lumière d’argent

        Et son chant de joie, étincelant.

 

 

 

 

 

 

Encre de Chine

 

       Le trait s’allonge tel un cil

 

        Les traits se succèdent, sont  chevelure…

  

        Là, bouche ronde. Là, yeux durs.

        Le volume prend forme gracile.

 

 

 

       Sur la feuille de riz l’encre de Chine

 

 

        Peint village, sentier et oiseau,

        Une lune ronde contemplant l’eau

        Et la joie des hommes nommée vigne.

       

 

 

 Encre

 

        Ombre noire, tordue en lianes

        Entortillées, enroulées sous le stylet

        En boucles, barres et lacets

        Comme des volutes d’opiomanes.

       Rêves brûlés, que l’on fait encre

        Ou poison des amoureux.

        Tracés où se complaisent l’âme et les yeux

        Donnant l’amour, la mort et le sacre.

 

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Emporté

 

 

 

 

 

       Déception et colère

        Comme deux vents amers.

        Lorsque, le temps d’un message,

        L’autre laisse éclater sa rage.

 

 

 

 

       Où est la folie ?

        Celui qui hurle,

        Tempête et bouscule ?

        Où celui qui, calme, lit ?

 

                Jean-Youri

 

 

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