La Dame à la Licorne de Tracy Chevalier
Il est des livres que l’on étudie, d’autres que l’on apprécie, et ces livres que l’on dévore… La Dame à la Licorne est de ceux-là. Le récit – imaginé car rares sont les sources médiévales sur ces tapisseries – est vif, conciliant œuvre d’imagination et travail d’érudition, finesse des portraits psychologique et cruelle réalité des situations sociales, en particulier de la condition féminine.
Tracy Chevalier, auteur féminine, juxtapose les narrations par des personnages différents, continuant tour à tour le récit de l’histoire en relatant leur pensées. Ainsi, le style se modifie-t-il selon que cela soit le peintre Nicolas des Innocents (car résidant près du cimetière des Innocents), séducteur bel homme ; la jeune et fougueuse Claude Le Viste, fille de 14 ans ressentant l’appel amoureux dans son corps ; Geneviève de Nanterre, épouse de Jean Le Viste, qui après avoir donné trois filles ne connaît plus que le froid sur sa couche nuptiale ; le sensible et timide Philippe de la Tour, peintre de cartons pour les tisserands… ou la très douce et aveugle Aliénor de la Chapelle, promise au brutal Jacques LeBoeuf, dont l’odeur d’urine de mouton pour la fabrication du bleu de guède accompagne le passage !
La licorne, symbole de vitesse, a été adopté par l’artiste pour désigner la famille Le Viste. Mais, à travers les six tapisseries, sont évoquées les cinq sens (odorat, goût, vue (représentant Aliénor l’aveugle), toucher, ouie) ainsi que l’énigmatique « A mon seul désir ». Pour ce dernier, s’agit-il de la renonciation aux sens ou bien les étapes de la séduction ?
A Bruxelles, sont racontés les ateliers de tisserand et les techniques de fabrication des tapisseries, en particulier pour les « mille-fleurs » parant le décor de la Dame à la Licorne. A Paris, la ville populeuse, animée, est suggérée. La vie d’aristocrates parisien comme celle de Jean Le Viste est contée avec plus de détails : banquet final, demeure luxueuse, présence de dames de compagnies.
Le livre permet de découvrir la vie et d’explorer les
sentiments en cette époque où la femme ne peut avoir de liberté des sens…
Jean-Youri
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