Train hivernal
Par les vitraux où le gel dessine des anges et des étoiles
L’enfant regarde les rives, ces quais où ne bat aucune voile
Puis, le destin parallèle des rails emporte l’enfant
Dans des bruits de géant hoquetant.
Le sol est glacé comme une patinoire
Le train se reflète : ombre sur ce grand miroir ;
L’enfant pleure dans l’absence de silence
L’abandon de son enfance.
La puissance métallique, électrique
Joue, roule des mécaniques…
Mais comment pourrait consoler un train
Rivé, cloué comme un Christ, à son destin ?
Matin. La station approche. La décélération, l’arrêt temporaire…
Le ventre de fer hurle en se frottant aux rails
Passagers en foule qui débarquent, cherchent, braillent.
Tous se pressent, s’enfuient, bagages soudés à la chair.
L’enfant reprend son départ. Le contrôleur passe.
Puis d’autres voyageurs s’engloutissent dans les sièges
Ils frappent leurs mains l’une contre l’autre, chassant la neige.
Tambourinent des pieds, prennent toute la place.
L’enfant et le train continuent leur voyage
Le train se souvient des cieux limpides et des orages
L’enfant du soleil brûlant et des nuages
Et de ne pas vouloir changer d’âge.
Mais le train dévale le temps et les distances
L’enfant vieillit, rejoint l’hiver
Chaque arrêt du train, chaque anniversaire
Tue son restant d’enfance.