JIM n°6
Les paysages et la lumière
Retour par le chemin des écoliers. La lumière du Gers éclate dans le ciel bleu. Malgré la sécheresse le maïs est vert et les grandes tiges sont lourdement chargées. Notre hôte a eu la sagesse de planter la céréale très tôt. Aussi, les racines ont eu le temps de se développer et puisent profondément en terre l’eau indispensable à la vie. Attention aux tournants sur la route, certains vélo-cyclistes roulent habillés en vert !
Les routes suivent les limites des champs et ont, bien souvent, des tournants surprenants. Les parcelles de maïs succèdent puis cèdent la place à des espaces d’élevage. De robes noires, marrons ou charolaise blanche les vaches paissent avec un air de satisfaction réjouit. Un croisement. Sur un tronc noir à la splendeur d’ébène une coquille saint Jacques est clouée. A chaque carrefour une croix est dressée de pierre blanche ou de métal forgé et torsadé.
Les héliotropes baissent leur tête noire, écrasée de soleil brûlant. Les courbes des collines donnent de la douceur au paysage.
Les clochers d’églises de la région sont parfois octogonaux. Il est étrange de voir leurs faces anguleuses monter dans le ciel en quête de nuage à accrocher. Les églises sont petites et belles, anciennes parfois : celle de Gimont date du début XIV siècle. Quelquefois construites en briques, les édifices religieux montrent alors des parois rouges.
A Marciac même, la place de l’office de tourisme est ornée de statues : un saxophone, et surtout un trompettiste. Il s’agit de Wynton Marsalis, musicien génial au grand cœur faisant beaucoup pour le festival : masters class, présence attendue tous les ans au festival, rappels nombreux sous le chapiteau : jusqu’à six fois. Une année même, le chapiteau dû être évacué du fait de la pluie une demi heure avant la fin du concert. Wynton est venu sur la place pour redonner en intégralité son concert !
La place publique, au centre d’un carré de bâtiments à arcades, abrite les nombreux concerts du spectacle off. Les auditeurs s’installent sur les chaises, d’autres vont prendre une collation (pomme de terre fourrée, assiette de foie gras…) aux nombreux cafés et boutiques installées à la bordure de la place. Le café de Charles propose cafés, liqueurs, jus de fruits. Les vendeurs de cartes postales, de CD de jazz, les restaurants aussi, s’abritent sous les arcades. Les rues adjacentes offrent un spectacle animé avec les boutiques itinérantes émigrées du festival précédent de Vic Fezensac. La boutique « la cave » vend Tariquet, madiran rouge, floc, autres alcools et liqueurs. Une autre rue, et une dame nue, peinte en rayures blanches et vertes horizontales, propose l’entrée d’une galerie d’art. La statue énigmatique est pourtant belle.
Des espaces de toile, blanches, rouge marquée du nom du sponsor en lettres blanches (la Dépêche), vert et jaune car c’est l’année du Brésil… on passe aux pierres taillées des abbayes de la région. Abbayes mais aussi témoignages antiques, tel les mosaïques de Séviac. L’endroit est superbe car on trouve des vestiges de thermes bien conservés. L’église de Tillac, à 10 kilomètres de Marciac, propose le festival de Monsieur Croche. La musique classique – de bonne qualité - régalera vos oreilles. Les statues de bois à l’entrée de l’église sont superbes. La charpente en bois est colorée, peinte en bleue et de divers motifs discrets et élégants.
Bien plus loin, l’abbaye de Silvanes propose –presque au bout du monde, dans un espace reculé et arboré – un festival de musique sacrée. Les gérants de l’ancienne abbaye cistercienne demandent deux euros pour visiter le lieu sacré. L’orgue immense et moderne s’élève à l’arrière de l’entrée. Les colonnes présentent des chapiteaux aux motifs variés. Parfois, des traces de polychromie font discerner de fausses colonnes en trompe l’œil, peut-être de l’époque renaissance. En dessous des vitraux une statue de Vierge, abritant un enfant et un globe de domination, est de style ancien. Mais la salle capitulaire est occupée par une chanteuse, le scriptorium par toute une foule d’apprentis yogis. La visite est pire que décevante ! Frustrante !
Les paysages rencontrées lors du retour sur le plateau du Larzac sont variés, étranges : parfois verdoyants et d’autres fois steppiques, quasi lunaires… La bauxite, comme un épiderme rongé au sang, marque d’écarlate la terre. De rares tiges vertes constituent le faible pelage de cette terre. Sur les routes reliant les rares villages isolés, des écrits à la craie demande de l’eau pour le Larzac. Perchés, les villages se tassent maison contre maison, accentuant l’impression de solitude émanant des lieux.
Verdoyante, la vallée des gorges du Tarn déroule ses méandres reposants, sereins. Les routes vertes sont étroites, dénuées de camions car les tunnels étroits et taillés dans le roc en un ovale irrégulier. Presque impossible de se croiser entre deux voitures, heureusement la circulation est très rare. Nous arrivons à Ambialet. Peu d’habitants, une belle centrale hydroélectrique ressemblant à un château renaissance, une vue sur le Tarn superbe. L’impression est superbe. Quelques marches d’un escalier à même le flanc des éminences et on aboutit à une église haut perchée. Une croix sculptée des deux côtés rongée par la pluie, le vent et le temps jouxte l’église, hélas fermée. Un monument aux morts de la 1ère guerre mondiale énumère les nombreux enfants de la petite patrie morts pour la grande. De chaque côté de cette grande plaque deux autres de 1923. L’une plus dépouillée, l’autre revendiquant pour les morts le droit d’une commémoration religieuse : « Ceux qui sont morts pieusement pour la patrie ont le droit de reposer religieusement selon leurs désirs ». Je ne suis pas sur de la formule finale, mais l’esprit est bien celui-ci. Sur le promontoire de l’église le regard porte loin, de chaque côté. Le paysage s’étend, immense. L’ombre étend son obscurité sur les forêts noircies et les routes en lacets. L’autre bord s‘est abandonné au souffle d’un vent léger, secouant légèrement les feuillages d’or lumineux et d’émeraudes étincelantes. Le pont enjambant le Tarn relie un petit village s’étalant le long de la ligne des monts et l’hôtel de l’autre bord, puis des champs défilant le long de routes interminables, toutes en virages. Arrivé au point de vue, il faut se mettre debout sur le banc pour admirer, en dépit des broussailles abondantes, la pente des collines déclinant jusqu’à l’horizon parcellé de vert et d’or. Sur une hauteur, une ferme, un village… Horizon broussailleux, éclatant de couleurs et de beauté.
Pour quitter la vallée nous suivons le Tarn dans ses boucles, sa lumière verte affleurant des eaux paisibles. Remontant, nous trouvons un flot toujours plus abondant du fleuve, à chaque fois que nous dépassons un « petit » barrage hydroélectrique.
De la modernité à l’aspect médiéval d’un château occitan, la distance est courte. Le village touristique de Brousse le château est paisible, malgré l’encombrement des voitures dans les rues. Le cours d’eau étale son onde avec quiétude, bordé de fleurs et de plantes d’eau. Au dessus de l’eau s’avance un pont pavé de pierres irrégulières. Au centre du v inversé et aplati s’élève une croix peinte sur lequel meurt le Christ. Parvenir au château demande de parcourir une pente de pierres pavant des sentiers rudes. L’église est apaisante, malgré la proximité toujours inquiétante du cimetière. Le château, perché au haut d’un monticule, déploie ses tours, en demi-gorge pour ne pas permettre à l’assaillant de prendre avantage de positions conquises. Des orifices servent d’archères pour les armes à feu, le trou rectiligne au-dessus de lui permet de viser. Des légendes sous forme de personnages en cire conte l’histoire de cette princesse kidnappée à six ans pour un mariage avec le châtelain, dans une autre tour a vécu un homme capturé pour le plus grand profit du seigneur. Il a vécu la captivité jusqu’à sa folie puis sa mort. Dans le logis du seigneur, le four est installé au dessous du pigeonnier, ceci donnant aux volatiles une agréable chaleur. Le puit dans le donjon permet d’éviter la soif lors de siège. Plus loin, la tour picard est peu élevée par rapport à ses légendaires 45 mètres. Il ne reste que peu de choses…
La légende rencontre les souvenirs. Le retour est maintenant proche…
