SOUVENIRS DE L'OPALE
Froide et belle, la lumière reflétée sur l’opale semblait vibrer. Le bijou passa de la main ridée de la grand-mère à celle de sa petite fille.
« Un cadeau pour te souvenir de moi ».
Le silence vint. Puis les larmes, une à une, glissèrent sur le visage de la femme-enfant.
Un an après cette scène Joanna, immobile sur un banc, regardait le visage fermé les hommes et les choses s’animer autour d’elle. Les passants âgés en costume gris et noir tentaient de rattraper leurs ombres et le retard sur leurs rendez-vous ; les enfants en pulls colorés courraient, tombaient, courraient encore les genoux écorchés. Des amoureux, les mains liées, déambulaient doucement, simplement soucieux d’être ensembles.
Les oiseaux et les chats, se livrant une guerre insoupçonnée des hommes, s’observaient et s’agitaient, mêlant gazouillis et cris, miaulements et bruits d’ailes claquant dans le vent…
Joanna vit les feuilles dorées et rouges s’envoler dans le soleil automnal. Le froid mordit sa peau laiteuse. Elle se releva et reprit une marche lente vers le silence de sa maison.
Les clés tintèrent dans sa main puis dans le verrou. La porte laissa entrer le jour sur une suite de petites pièces dénuées de meubles, de fleurs et de décorations. Les murs nus portaient les traces des anciennes photographies, une à une enlevée pour chaque jour de deuil. Joanna se dirigea vers sa chambre à coucher. Sur sa table de chever l’opale semblait dormir. La jeune fille la prit entre ses mains, la caressant. Une chaleur semblable aux souvenirs d’amour fut partagée entre l’opale et les mains de Joanna. Caresse après caresse, les souvenirs affluèrent dans son esprit. Avant de reposer l’opale, Joanna sourit.
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